Le bout de la marde!

Avant même la présentation de la mise-à-jour économique de Jim Flaherty, j’avais l’intention de parler des Conservateurs. La rumeur voulait qu’ils passent outre deux promesses électorales. En effet, selon celle-ci, le gouvernement Harper ne remplacerait pas les sommes qu’ils avaient coupées en culture, contrairement à ce que les ténors conservateurs au Québec disaient clairement. La rumeur voulait aussi que le gouvernement Harper irait de l’avant avec son projet de loi visant à augmenter les peines pour les crimes contre des femmes enceintes, que plusieurs voient comme la porte d’entrée législative pour la reconnaissance de droits au feotus et une menace au droit à l’avortement. Les candidats conservateurs se voulaient rassurants: pas question de toucher à ce droit. Mais en ne changeant pas d’un iota ce projet de loi, la menace demeure.

Je disais donc que j’en avais déjà contre les Conservateurs et leur active contribution au cynisme actuel envers la politique. C’est déjà déplorable qu’il reviennent sur leur promesses encore si fraîches à nos oreilles, pire qu’ils le fassent sans gêne aucune, surtout venant d’un parti qui aime faire la morale. Normalement, mon billet serait presque déjà terminé.

Mais hier, Flaherty, avec sa mise-à-jour économique vient de faire passer ces fautes annoncées pour des hors-d’oeuvre avant le plat principal. Au menu néo-conservateur : déficit caché, coupures, interdiction à la fonction publique fédérale de faire la grève jusqu’en 2011, interdiction aux membres de la même fonction publique de s’adresser aux tribunaux pour contester certaines décisions touchant l’équité salariale. Avec, en prime, l’abolition du financement gouvernemental des partis politiques en fonction du nombre de voix recueillies aux élections! Le prétexte pour cette cerise sur un gâteau dont la recette semble venir directement d’un livre de recettes écrit par Margaret Tatcher et Ronald Reagan il y a plus de deux décennies: la classe politique doit montrer l’exemple! C’est bien le bout de la marde!

Déjà les coupures en culture suintaient de cette idéologie néo-conservatrice car les sommes étaient ridiculement basses en comparaison du budget global du gouvernement fédéral. Et elles me semblaient également relever du pur calcul électoral, visant à conforter de nombreux sympathisants conservateurs dans leur préjugés envers ceux “vivant au crochet de l’état”, même si cela était carrément faux pour les artistes en général. Cette nouvelle proposition par rapport au financement des partis politiques canadiens joue pareillement et encore plus sournoisement sur les mêmes deux plans: l’idéologie et la pure partisanerie. La plupart des citoyens, et encore plus les électeurs de droite, en veulent déjà beaucoup à la classe politique, alors il est facile d’appuyer sur ce ras-le-bol pour camoufler une mesure on ne peut plus opportuniste et partisane. C’est évidemment partisan quand on se remémore les allusions anti-démocratiques des Conservateurs quant aux salaires versés aux députés du Bloc Québécois et quand on connaît les difficultés financières du Parti Libéral du Canada. En plus, c’est carrément malhonnête venant d’un gouvernement qui vient justement de gonfler son appareil ministériel et, donc, ses dépenses.

Les partis d’opposition à la Chambre des Communes sont bien sûr outrés de cette mise-à-jour économique de Flaherty, autant pour des raisons idéologiques que partisanes. Harper comptait vraisemblablement sur le fait que les élections viennent d’avoir lieu et que, par conséquent, les partis d’opposition ne pourraient tout simplement faire tomber le gouvernement si tôt. Mais l’invraisemblable pourrait survenir quand même: de nouvelles élections fédérales! Sinon, un gouvernement de coalition, à la demande de la Gouverneure générale! Michaelle Jean disait vouloir “réunir les solitudes”? Elle va être servie! Moi, qui écrivais tout récemment sur un autre blogue que la monarchie n’est que symbolique ici, au Canada, voilà que la représentante de la Reine d’Angleterre viendrait à la rescousse de notre démocratie! Ça aussi c’est le bout de la marde!

C’est quoi cette attitude de Harper? Il se prend pour qui? On n’en a pas voulu comme gouvernement majoritaire, mais il se comporte comme tel, et même avec une arrogance encore plus grande. De la même manière qu’avec Kyoto, son gouvernement va à contre-courant de la planète entière en avançant des mesures de contrôle de dépenses plutôt qu’en annonçant des investissements pour contrer la crise économique. Ne faut-il pas qu’il se sente investi de la vérité absolue pour ainsi totalement ignorer tous les avis contradictoires, les exemples des autres grandes puissances et, en plus, vouloir faire taire tous ceux qui ne sont pas d’accords avec lui? Imaginez donc si on lui avait donné un mandat de gouvernement majoritaire!

J’en reviens pas. D’autant plus qu’à peu près tous les analystes et chroniqueurs poussent les hauts cris, y compris au National Post, y compris ceux que je déteste habituellement comme Dubuc et Pratte! C’est vraiment le bout de la marde!


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2 commentaires sur “Le bout de la marde!”

  1. Alain B.

    Excellent billet. Tu y exprimes (certainement mieux que je ne le pourrais) la colère que je ressens aussi face à cette situation des plus… enrageantes.

    Un seul point technique sur lequel j’accroche… une petite erreur qui se répend de plus en plus un peu partout dans notre discours politique et j’en profite pour le souligner ici.

    L’abus du terme “néo-conservateur”.

    Le néo-conservatisme est une idéologie assez bien définie qui se préoccupe surtout de politique étrangère… son principe central est que les démocraties libérales sont de par leur nature justifiées de se servir de force démesurée pour faire échec au totalitarisme dans le monde (et qu’elles ont la responsabilité de le faire)… je caricature un peu, mais c’est là l’essentiel. Une autre composante de cette idéologie est une volonté de se servir des grands symboles et de la ferveur religieuse pour ralier la population derrière cet objectif guerrier. Pour ce qui est de la gestion interne de l’état, les néo-conservateurs sont plutôt agnostiques… l’idéologie fut d’ailleurs fondée principalement par des gens de gauche dégoutés de l’apologisme soviétique de leurs confrères avant de trouver une niche au sein du parti républicain.

    Lorsqu’on parle de cette idée de non-interventionnisme de l’état dans l’économie et les mécanismes du marché… comme il est question ici, il serait plus juste de parler de l’idéologie néo-libérale. (sauf aux états-unis où le terme désigne des démocrates centristes pro-marché, mais quand-même centre-gauche) Et lorsqu’il s’agit de l’intervention étatique pour imposer une “moralité” commune (comme dans le cas de la lutte au mariage gai et à l’avortement) on est dans le conservatisme social ou le conservatisme tout-court… rien de “néo” là-dedans

    Ceci dit, encore une fois, excellent billet. Bravo!

  2. Martin

    Merci Alain, mais je ne crois pas m’être beaucoup trompé. En fait, suite au questionnement que tu m’as poussé à faire, j’admets avoir abusé du terme. C’est maintenant biffé. Mais, je n’ai pas affirmé que les Conservateurs sont des néo-conservateurs. J’ai écrit une première fois, de façon erronée, “menu néo-conservateur” et ensuite que les coupures en matière de culture “suintaient l’idéologie néo-conservatrice”. De plus…

    Les Conservateurs d’ici me semblent très semblables aux neocons américains. En tout cas, ils s’en inspirent beaucoup! J’avoue utiliser ce terme en le croyant correct pour qualifier l’idéologie dominante des administrations Bush fils et Reagan.

    Oui, nos Conservateurs préfèrent des politiques économiques néo-libérales, quoique même les analystes d’allégeance néo-libérale condamnent le dernier train de mesures de Flaherty pour faire face à la Crise.

    Mais ils se drapent aussi de moralisme, comme je l’ai brièvement exprimé ici. C’est sûr que leur rhétorique électorale n’est pas aussi teintée de religiosité que chez nos voisins du sud, mais on peut se questionner sur l’idéologie des anciens réformistes qui militent pour le Parti Conservateur. On ne les entend guère ici, au Québec, mais derrière des portes closes, ils discutent d’avortement, de loi et d’ordre, de censurer les oeuvres d’art immorales, de couper les vivres aux médias qu’ils jugent gauchistes, etc. Et le discours militariste pro-américain est quant à lui pleinement assumé. Dans l’avant-dernier paragraphe de mon billet, j’écris qu’Harper semble croire détenir la vérité absolue. Je ne l’ai pas ajouté, mais je pensais “supériorité morale” aussi. Effectivement, peut-être n’est-ce que du “pur” conservatisme, du conservatisme social… Mais, bon, ce que je voulais souligner c’est que sous couvert d’une logique néo-libérale, les Conservateurs canadiens tentent d’imposer “leur morale”.

    J’ai voulu vérifier un peu plus à fond la notion de néo-conservatisme, mais ni mon “Petit Robert” de 1992 (!), ni mon “Précis de vocabulaire en philosophie et épistémologie”, ni mon “Atlas de la philosophie” ne définissent le terme! Alors je dois me rabattre sur Wikipedia. Autant en anglais qu’en français, on te donne raison sur l’origine du néo-conservatisme et sa définition stricte.

    Je suis assez stupéfait d’y lire ceci de la part d’un de ses fondateurs:

    Le « néo-conservatisme » se définit par son préfixe « néo », pour « nouveau ». Nous étions un groupe relativement petit d’intellectuels affiliés à la gauche qui, à la fin des années 60, a rejoint les rangs conservateurs parce qu’il s’est révolté contre le pourrissement des idées progressistes. Nous avons reconsidéré nos idéaux et avons décidé de nous ancrer quelque part entre le centre et la droite. Pourquoi « néo » ? Parce que nous représentions la nouveauté pour les conservateurs, et parce que nous leur avons apporté de nouvelles idées.

    À la limite, ça pourrait être moi cela! Mais on voit bien que, comme tu as écrit, que c’est dans un contexte bien particulier, typiquement américain:

    L’essence de notre pensée affirmait que l’Amérique incarnait une puissance de Bien dans le monde et qu’elle n’était pas responsable de l’antiaméricanisme, cette haine irrationnelle que notre pays inspirait à l’étranger. Nous défendions les Etats-Unis contre les critiques émises à gauche et nous soutenions un rôle actif de notre puissance sur les affaires du monde, afin de répandre la liberté et la démocratie partout où cela était possible

    Finalement, ce Norman Podhoretz te donne totalement raison, et à moi un peu:

    Voyez-vous, nombre de gens qui ont été appelés « néoconservateurs » n’ont rien du tout en commun avec nous. Bush, Cheney, Rumsfeld, étaient conservateurs et le sont restés toute leur vie. De même, la seconde génération, Bill Kristol, mon fils John Podhoretz, David Brooks, David Frum, n’ont jamais appartenu à la gauche avant de passer à droite. Ils sont restés dans le même camp toute leur vie. Aussi ne répondent-ils pas à la définition stricto sensu de « néoconservateur »

    J’ai pris le temps de copier tout cela pour ma propre culture personnelle et celle de mes quelques lecteurs. Je vais faire plus attention la prochaine fois!

    N’empêche, en se montrant autant méfiants envers le discours environnementaliste, envers les institutions comme l’ONU, en étant moralistes, enclins à l’intervention militaire à l’étranger quitte à changer de tout au tout la réputation internationale du Canada, les Conservateurs canadiens me font penser à l’idée qu’on se fait généralement des néo-conservateurs!

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