koval: Les données sur les langues officielles se fondent sur une auto-évaluation par les recensés de leur capacité de parler les deux langues officielles. Il s’agit de la même question...
Martin: C’est sûr que l’avenir est imprévisible. Et certainement que 50 ans est trop court pour une “disparition de la culture canadienne-français e”. Sans compter que...
koval: @Martin Je déplore les discours très affirmatifs à l’effet qu’on va disparaître dans 50 ans. Ce qui devient un mantra Québécois. La première fois que j’ai entendu ça,...
Martin: Je ne veux pas vous insulter, Christian, et je vous fais mes excuses à l’avance car je serai rude. Votre commentaire illustre tout à fait ce que je crains, ce à quoi pourrait...
Martin: Ce genre de classification me plait et m’aide à comprendre rapidement où les idéologies se situent. Ci-haut, je vous avais déjà suggéré deux liens sur cette classification avec deux...
koval: Non, je me trompe, vous vous situez probablement dans la bulle plein centre, ainsi, comme vous disiez, nous ne serions pas très éloignés politiquement parlant si on se fie à ce plan et si...
koval: Ce genre de classification me plait et m’aide à comprendre rapidement où les idéologies se situent. Je dirais que je suis chez Ségolène, je vous situe dans la bulle mauve la plus...
Christian: C’est un fait qu’une des motivations à faire la souveraineté du Québec est la crainte que notre culture francophone d’origine canadienne-français e soit submergée et diluée...
Martin: Va me falloir y revenir. Je discerne dans vos propos, koval, des contradictions, dans les miens aussi. Mais je pars pour Québec. Aujourd’hui, j’ai les ailes d’un ange,...
Martin: L’autre fois, dans notre autre discussion, j’ai failli utiliser moi aussi cette image des enfants de mes petits-enfants qui ne comprendraient pas ce que j’aurais écrit ou...
Intégrateur multimédia ascendant programmeur Flash actuellement chargé de projet en technopédagogie. J'ai vécu la majeure partie de ma vie à Québec, mais depuis huit ans je demeure dans la Petite-Italie, à Montréal. J'aime écrire, alors j'écris ici.
Les unes après les autres, les preuves s’accumulent. Mais nous continuons à nous laisser endormir.
Moins de la moitié des allophones utilisent le français dans leur vie de tous les jours.
La francisation de ceux qui ne sont pas d’origine latine - les Chinois, les Indiens, les Slaves - stagne autour de 15 % et n’a pas fait de progrès depuis… 30 ans
Qui nous dit cela ? Non, pas la Société Saint-Jean-Baptiste, mais le Conseil supérieur de la langue française, un organisme gouvernemental qui ne s’est pas distingué ces dernières années par son alarmisme.
Cela n’a pas empêché le gouvernement libéral, avec l’appui du Parti québécois, d’augmenter à 55 000 le nombre d’immigrants reçus chaque année, tout en retardant la publication d’autres données très inquiétantes et en clouant au pilori quiconque osait se questionner.
Le Conseil supérieur nous dit qu’il faut «agir d’urgence» et «massivement». La ministre Saint-Pierre, dont on a pu apprécier la vigueur, trouve cela «intéressant» et nous rappelle qu’elle agit «déjà». Ça vous rassure ?
LE MIROIR
Pour la millième fois, il faut redire que ce ne sont pas les immigrants qu’il faut montrer du doigt. C’est nous qui devons nous regarder dans le miroir.
L’immigrant, même s’il prétendra souvent le contraire parce qu’il sait la «bonne» réponse à donner, vient ici pour refaire sa vie, pas pour mener à notre place un combat que nous-mêmes ne voulons plus mener.
Car voilà toute la question : avons-nous encore envie de nous battre pour cette langue ?
Dans sa tête, l’immigrant n’a pas choisi le Québec, sauf exception. Il a choisi le Canada et l’Amérique du Nord, où l’anglais règne en maître et où le français est une langue ultra-minoritaire. Vous émigrez en Espagne : vous apprendrez d’abord l’espagnol ou le catalan ?
C’est comme ça PARTOUT et depuis TOUJOURS : l’immigrant penchera logiquement, naturellement du côté du groupe majoritaire, parce que c’est là que se trouvent les opportunités.
La situation du français en Amérique sera toujours délicate, mais si vous ne voyez pas le lien entre la condition minoritaire des francophones au Canada - et donc le statut politique du Québec - et l’avenir du français, c’est parce que vous ne voulez pas le voir.
À l’extérieur de la région métropolitaine, le français ne semble pas menacé, donc on s’en fout. La question linguistique y est vue comme une «patente montréalaise». Mais quand Montréal aura basculé, le compte à rebours s’enclenchera pour le reste du Québec.
DÉMISSIONS
Voyez aussi toutes ces petites démissions qui en disent si long. Nous passons immédiatement à l’anglais pour avoir l’air gentils et ouverts, où parce que c’est plus rapide pour nous faire comprendre… chez nous Nous regardons comme des excentriques ceux qui se battent encore pour cette langue. Nous laissons faire un gouvernement qui ne veut surtout pas prendre ce taureau par les cornes, de peur de déclencher une crise qui nuirait à ses intérêts partisans.
Nos petits-enfants nous poseront un jour la question : pourquoi avons-nous laissé faire ? Et si vous répondez en français, il n’est même pas dit qu’ils vous comprendront.
En ce premier juillet, j’ai pensé proposer quelque chose qui devrait faire plaisir à Alain Dubuc, pour qui il est si important d’augmenter la productivité des Québécois: abolissons le congé de la Fête du Canada!
En effet, comme la productivité au travail prend en compte le nombre d’heures travaillées et ce qui est produit, j’estime que souligner deux fêtes nationales au Québec fait perdre des millions de journées-hommes à l’économie du Québec. Il y en a une de trop et c’est celle d’aujourd’hui.
Le blogue de Tristan Péloquin parlait récemment d’un phénomène que j’ai observé sur moi-même depuis quelques temps. Alors que plus jeune, avant l’ère d’Internet, je lisais des romans de plusieurs centaines de page, consultait régulièrement dictionnaires et encyclopédies, lisait quotidiennement les journaux, aujourd’hui j’ai beaucoup de difficulté à lire un texte qui s’étire sur plusieurs pages. Je suis tellement habitué à scanner les pages Web à la recherche de l’information pertinente, que lorsque j’essaie de plonger dans un roman, je saute des lignes, des paragraphes, je reviens en arrière… Bref, je ne suis plus capable de me concentrer pour suivre le lent fil de l’auteur. C’est moins pire lorsque je tombe sur un ouvrage de philo ou de vulgarisation scientifique assez dense, mais pour la littérature romancée, les efforts des auteurs même les plus talentueux ne suffisent plus à conserver mon intérêt. Et je constate régulièrement sur la blogosphère québécoise que certains commentateurs se plaignent de textes trop longs, alors que ceux-ci ne comptent sommes toutes que quelques paragraphes.
M. Péloquin cite en fait le billet de Nicolas Carr qui demande “Is Google making Us Stupid?”. Depuis quelques temps, plusieurs confessent le même “problème” alors que les études sur le sujet se font attendre. J’écris “problème” entre guillemets car en est-ce bien un? Dans son (trop?) long texte, Carr fait un peu d’histoire pour montrer que, selon la sociologie, les technologies ont toujours influencé notre rhétorique, voire notre façon de penser.
Une autre étude récente présentait autrement le phénomène: nous serions nombreux en situation d’overdose d’information, fatigués, brûlés devant tant d’éléments à assimiler. J’aime mieux croire que je deviens un pro du power browsing, comme le dit Carr, que de penser que je suis épuisé par l’information. Mais je dois dire que ces jours-ci, à voir les insignifiantes manchettes de Canoe, LCN et TVA, la multiplication des opinions autant chez les blogueurs qu’à la télévision, à entendre certains de mes amis répéter presque mot pour mot les argumentaires de grandes gueules populistes, j’en ai un peu ma claque de toute cette “information”. À mon avis, au Québec, l’information perd en qualité et il y aurait tellement à critiquer, à nuancer, que ça me prendrait tout mon temps pour le faire. Or, régulièrement, je songe à ne plus bloguer, malgré certaines offres m’encourageant à le faire plus. Pourquoi augmenter tout ce bruit qui en vient à masquer les enjeux de fond?
Dans le milieu où je travaille, la veille technologique en éducation, on commence à parler de nouvelles théories de l’apprentissage. Après le socio-constructivisme que nous ont enfoncé dans la gorge les penseurs de la Réforme afin de remplacer l’approche behavioriste, on commence à parler de connectivisme. Avec l’émergence d’Internet en général, et des réseaux sociaux en particulier, une certaine intelligence résiderait dans les regroupements d’internautes, dans les réseaux, en dehors des individus en quelques sortes. Peut-être qu’après des décennies de tendance individualiste, la population humaine devient-elle, sous l’influence d’Internet, une grosse ruche d’abeilles à l’intelligence collective? Ou peut-être aie-je une araignée au plafond?
Dimanche, après avoir appris à la dernière minute sur le site de Cyberpresse que le Mouvement Montréal Français organisait une manifestation au Parc Jeanne-Mance, j’ai décidé de sortir de mon cocon dans la Petite-Patrie et d’aller prendre du soleil au pied du Mont-Royal.
Sur mon chemin, j’ai croisé une procession de juïfs orthodoxes, qui fêtaient je ne sais quoi au son de la musique. J’ai trouvé assez fascinant le contraste entre cette musique qui, comme je n’en saisi un traître mot, m’apparaît joyeuse et festive, et le calme de foule.
Ensuite, après une lente marche où je testais mon nouvel appareil photo en le comparant avec mon ancien, je suis arrivé au pied du Mont-Royal qui, comme tous les dimanche, accueille les tams-tams. Il faisait chaud, les gens suaient, mon crâne suintait. Un charmante dame dansait le baladi devant les percussionnistes, sur le socle du monument érigé en l’honneur de Jacques-Cartier. Ceux qui n’avaient pas le courage de danser dans cette chaleur accablante marchaient lentement, mais le plus souvent avec le sourire.
Puis je suis descendu en bas de la côte, là où se dressaient des fleur-de-lysées. J’avais manqué les Loco Locass et le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Jean Dorion, prenait la parole. Dorion n’est pas un grand orateur, mais son discours est responsable et prudent tout en demeurant revendicateur. Un extrait que vous n’entendrez certainement pas sur le site de Cyberpresse:
La hasard a voulu que ce dimanche-ci, Montréal m’aie montré toute sa richesse, sa diversité et aussi ses solitudes. La procession juïve était bien peu dérangeante certes, intéressante à voir et entendre, mais ces juïfs-là sont dans leur monde. Au seul son des tams-tams, loin des discours, le Montréal multi-ethnique se rencontre dans la joie et l’harmonie, toutes couleurs de peau confondues, du rose-qui-a-brûlé-au-soleil au brun-foncé-qui-a-appris-à-ne-pas-brûler-au-soleil. Et, au bas de la côte, pendant que d’autres jouaient au soccer, des “Québécois de souche” se retrouvaient seuls, si on peut dire. La foule des intéressés par la survie du fait français à Montréal était presque exclusivement composée de blancs. Malheureusement. Et cette foule fut bien modeste, la promotion de l’événement ayant probablement échoué à se faire entendre en cette fin de semaine de Grand Prix.
Rien de surprenant dans les différences statistiques: on est plus croyant dans les provinces anglosaxonnes, les femmes croient plus en Dieu que les hommes, les ainées, plus que les jeunes et plus en campagne qu’en ville:
Moins de trois Canadiens sur quatre croient en un dieu, mais parmi eux les francophones sont encore moins nombreux à avoir la foi.
C’est ce que révèle un sondage La Presse Canadienne - Harris Décima réalisé auprès de 1000 personnes entre le 22 et le 26 mai.
Soixante-douze pour cent des personnes interrogées affirment être croyantes, 23 pour cent disent qu’elles ne croient en aucun dieu et 6 pour cent n’ont pas d’opinion sur le sujet. Le total dépasse 100 pour cent en raison de calculs arrondis.
«Au Canada, la religion n’est pas, de nos jours, un sujet de division et les niveaux de tolérance envers les différentes croyances sont élevés, a expliqué le président de Harris Décima, Bruce Anderson. Dans les faits, il est évident qu’une personne sur quatre n’éprouve aucune gêne à affirmer qu’elle ne croit pas en un dieu.»
Le sondage suggère par ailleurs que les Canadiens anglophones sont plus enclins à croire en un dieu que leurs compatriotes francophones. La proportion est de 73 pour cent pour les premiers contre 67 pour cent pour les seconds.
Autres différence notable, il y a plus de femmes qui se déclarent croyantes, 73 pour cent, que d’hommes, 67 pour cent. On trouve, également, une plus grande proportion de croyants dans les zones rurales que dans les villes, à 76 pour cent contre 69 pour cent.
Enfin, les Canadiens de plus de 50 ans sont plus nombreux à croire en un dieu, 82 pour cent, que les jeunes de moins de 25 ans, 60 pour cent. Dans le groupe des moins de 25 ans, 36 pour cent affirment ne croire en aucun dieu.
Selon un membre de l’Église unie du Canada et directeur général de son programme «Emerging spirit», le révérend Keith Howard, l’étude Harris Décima ne montre pas de grands changements par rapport aux sondages précédents.
«L’époque où les gens rejetaient Dieu est en train de se terminer, a-t-il déclaré. Ils essaient maintenant de trouver des lieux de retraite propices au développement de leur spiritualité.»
Keith Howard cite une étude réalisée l’an dernier pour le compte de l’Église unie selon laquelle le Canada est un pays de croyants et non de matérialistes.
Selon lui, le concept traditionnel de la déité laisse la place dans l’esprit des gens à la représentation d’une force nébuleuse orientée vers le bien. Il compare cette représentation a celle de la «force» développée dans les films de la série La Guerre des étoiles.
Personnellement, je n’ai toujours pas lu le Rapport Bouchard-Taylor, mais au lendemain de son dépôt, je me suis procuré les quatre principaux quotidiens montréalais pour voir comment ils traitaient la nouvelle. C’est assez fascinant de voir comment les différents médias y ont vu ce qu’ils voulaient bien voir. Malgré leurs positions éditoriales bien connues sur la question nationale, Le Devoir et The Gazette n’ont pas détourné outre mesure la nouvelle en fonction de leurs idéologies. Je dirais que La Presse a offert la meilleur couverture, non pas grâce à Dubuc et Pratte, qui commencent déjà, eux, à vouloir mal faire paraître les partis d’opposition nationalistes, mais grâce à Yves Boisvert et Vincent Marrissal, qui ont écrit vendredi, et Foglia, qui a écrit sur le sujet samedi. Le Prix Citron est décerné au Journal de Montréal qui, s’il n’est pas nommément visé par les commissaires pour les dérapages médiatiques, se défend pathétiquement tout en continuant à pondre des titres populistes de la même nature que ceux qui ont mis le feu aux poudres.
Les manchettes
La Presse a choisi LE grand titre que j’attendais : “Le Québec n’a pas à rougir”. J’ai écouté la conférence de presse de Bouchard et Taylor. Taylor l’a affirmé de façon sentie, avec émotion et fierté: un tel débat n’aurait pu se tenir aussi sereinement ailleurs, des collègues européens lui ont fait remarquer. Boisvert écrit que “Nos enfants sont déjà ailleurs” et Marissal titre sa chronique “Les suites d’une fausse crise”. Les deux chroniqueurs disent ce que je croyais et ce que les commissaires concluent: le Québec n’est pas en train de crouler sous les cas d’accomodements déraisonnables. Et c’est assez plaisant de lire dans La Presse que le modèle de multiculturalisme canadien n’est pas approprié au Québec.
Par contre, contrairement à d’autres médias, y compris le Journal de Montréal, La Presse n’a pas présenté la démystification des cas d’accommodement raisonnable qui ont fait s’énerver bien des Québécois. J’ai bien aimé que les commissaires confrontent “les faits” et leur “perceptions erronées”. Je connaissais toute l’absurdité du “cas de la cabane à sucre”, mais j’en ai appris à propos de celui des vitres givrées du YMCA en plein quartier juïf: la bâtisse avait été reconstruite il y a une dizaine d’années, il n’y avait auparavant pas de grandes fenêtres donnant sur la synagogue. Déjà ça met en perspective! Pourquoi est-ce que je ne l’apprend que deux ans plus tard?
Pathétique Journal de Montréal
Je m’attarde ici sur le cas du Journal de Montréal, que je ne lis habituellement qu’au restaurant parce qu’il ne prend pas trop de place. “Soyez encore plus accommodants” titre-t-il. Avec dans la colonne de droite, Martineau qui demande “On est tous des cons, c’est ça?”, Aubin qui affirme “Elvis Gratton peut prendre sa retraite”, Bazzo qui demande à son tour “Maintenant, ferez-vous partie des moutons?” et Christopher Hall qui présente “L’histoire de deux vieux intellos full patch en 1839″! Ça fait une bien belle première page!!!
Dans le premier article intitulé “Jean Charest sauve le crucifix”, Yves Chartrand insiste sur le fait que Charest conservera une distance critique face au rapport.
Dès le second article, le Journal commence à se justifier:
Notons que les extraits publiés samedi dans The Gazette, puis dans Le Journal de Montréal, sont conformes en tout point avec le rapport final. Une grande portion du rapport sert ainsi à dire aux Québécois de souche de mieux traiter les minorités de la province.
Page 4, en haut, le tristement célèbre maire d’Hérouxville est cité: “Si vous me demandez si je suis satisfait de cette décision-là… Ça n’a aucune allure” juste à côté d’une femme voilée qui, elle, dit: “C’est une grande journée pour l’avenir du Québec”. Ou l’art d’antagoniser! Sur la même page, à propos des recommandations demandant de mieux étudier la question, on écrit “Ouvrez vos portefeuilles” et on résume ces propositions par un tableau titré “Encore des comités à créer”. Est-ce que l’article rappelle que la commission a économisé plus d’un millions de dollars sur le budget prévu? Non.
La page 5 présente trois cas démystifiés par les commissionnaires et s’intitule “La vérité, selon les commissaires“. Son amorce: “Soutenant que les médias ont monté en épingle une série d’événements anodins qui ont été mal interprétés par une partie de la population, les commissaires sont allés sur le terrain, disent-ils, à la recherche de la vérité”. Et, à chaque cas, d’ajouter une étoile se rapportant à une note de bas de page disant “Il faut bien noter que cette perception populaire ne correspond pas à la version des faits dûment vérifiés et publiés dans les médias écrits”. Tout ça ne sonne-t-il pas comme “ce n’est pas notre faute” et “les intellos imposent leur vérités”!? Viennent ensuite les opinions de Martineau et Aubin, dont les titres des chroniques ne sont pas ceux de la première page. Martineau sombre de plus en plus dans la facilité populiste. Il semble prendre cela personnel en parlant des journalistes “qui regardent leurs confrères de haut” et parle d’aveuglement:
Mais de là à dire que le malaise que la plupart des Québécois ressentent face à l’histoire des accommodements est dû à une mauvaise perception, il y a une limite. Ce n’est plus de la mauvaise foi, c’est de l’aveuglement! Les profs, les intervenants de la santé, les représentants syndicaux, toutes les personnes qui ont pris la parole pour dire qu’elles sont RÉGULIÈREMENT prises avec des demandes d’accommodements déraisonnables - tous ces gens ont mal vu?
Heureusement, Aubin reconnaît que “les médias se sont lancés dans une chasse enthousiaste aux histoires abracadabrantes”, mais conclut: “La question qui reste, c’est: qui, de nos jours, veut s’accommoder de propos si raisonnables?”. Pas le Journal de Montréal, semble-t-il.
Quand on choisit le Québec
Finalement, tant qu’à être dans l’analyse des médias, un dernier mot sur la publicité du Gouvernement du Québec parue le jour même de la sortie du rapport. Faut pas être dupe: celle-ci est en fait une publicité sur Jean Charest, pour Jean Charest. Le titre ne fait pas innocemment référence à sa biographie intitulée “J’ai choisi le Québec”. Ça représente ce que le PLQ tente de faire: se montrer lui aussi défenseur de la nation québécoise. C’est la même logique qui l’a fait proposer rapidement sa motion sur le maintien du crucifix à l’Assemblée Nationale: il veut conserver le vote des “vieux canadiens-français”.
À lire les écrits des analystes politiques et des éditorialistes fédéralistes, il n’y a pas que Pauline Marois et Mario Dumont qui aient été nerveux à la veille de la publication du rapport. Non, il n’y a pas de crise des accommodements raisonnables. Mais la question identitaire, elle, est à fleur de peau. Charest a beau espérer que l’été fasse tout oublier, ce n’est pas fini cette affaire-là!
Au moment où je serai en train de regarder le dernier Indiana Jones, les journalistes seront en train de lire le rapport de la Commission Bouchard-Taylor.
Je suis de ceux qui ont acheté la Gazette le week-end dernier, titillé par le sous-titre “Learn more English - Be nicer to Muslims - Get better informed“. D’accord pour être plus gentils avec les Musulmans: je suis sûr qu’ils souffrent beaucoup du 11 septembre 2001 et les morons d’Hérouxville ont bien illustré l’ignorance à leur égard en interdisant la lapidation. D’accord pour être mieux informés. Je vis des technologies de l’information, j’en mange. J’achète Le Devoir et La Presse le samedi, je lis Canoe et Cyberpresse et écoute la radio de Radio-Canada le reste de la semaine. J’étais d’accord avec le propos politiquement incorrect de Bouchard à propos de ceux qui ne s’informent qu’à TVA et TQS. Je crois effectivement que ceux qui ne s’abreuvent qu’à ces sources manquent tout un pan de la réalité, surtout avec les débats binaires et malsains que ces deux réseaux se faisaient un plaisir de lancer. Mais c’est pas tous les gens qui ont le temps nécessaire pour demeurer bien informé. Plusieurs ont pris cela comme une insulte, mais c’est vrai que plusieurs parlaient des accommodements raisonnables à travers leur chapeau, sans même rencontrer des immigrants dans leur vie quotidienne et en ne se fiant qu’à quelques manchettes accrocheuses et… certaines déclarations politiques opportunistes.
J’étais aussi un des rares à défendre les commissionnaires, faisant confiance aux intellects des Taylor et Bouchard, tout en sachant que le premier était un chantre du multiculturalisme (ou de l’interculturalisme pour être précis) et que le second revisitait l’histoire du Québec en insistant sur son américanéité. J’ai été soufflé de voir à quel point plusieurs se méfiaient de cet autre complot du Plateau en constatant que les chercheurs associés à la Commission étaient tous des Montréalais. Bouchard est un bleuet et les sociologues spécialistes de l’immigration se trouvent là où il y a de l’immigration, mais bon…
J’ai moi aussi mes craintes sur les éventuelles conclusions du rapport Bouchard-Taylor. Si le rapport dit bien “apprenez plus l’anglais”, je serai résolument contre cette affirmation. Si le rapport ne dit pas que les Québécois sont tolérants, je ne serai pas content. Oui, il y a eu quelques morons plus ignorants que malfaisants. Oui, il y a eu des excès de langage sur les lignes ouvertes. Mais je crois profondément que le peuple Québécois est un des plus tolérant qui soit. C’est sa nature, héritée de la sagesse amérindienne et de la conquête anglaise. Nous sommes un peuple de moutons, bordel! Des porteurs d’eaux qui n’osent même pas parler trop fort.
Je crois que la Commission devrait dénoncer certaines méthodes journalistiques, certaines enflures médiatiques. Et si elle ne parle pas de la méfiance malsaine des régions envers Montréal, elle passera à côté d’un gros morceau de l’explication sur cette “affaire” des accommodements raisonnables. Je ne crois pas qu’elle les fera, mais certains médias de Québec mériteraient quelques remontrances dans cette phobie anti-montréalaise qui devient dévastatrice pour la société québécoise francophone.
Si elle écrit, comme un autre journal le laissait entendre, que ce n’est pas parce que nous avons collectivement rejeté la religion dans les années soixante que ça nous donne le droit d’imposer ce choix aux nouveaux arrivants, elle se trompera. “De quel droit?” aurait demandé un des commissionnaires dans une version préliminaire du rapport. Du droit qu’on peut exiger des autres ce qu’on exige de soi-même, voilà! Évidemment, je ne veux pas dire qu’il faudrait interdire la pratique des religions. Par contre, elle doit demeurer strictement affaire privée. La Commission doit affirmer haut et fort les principes de laïcité. Une institution comme l’Assemblée Nationale devrait donner l’exemple et retirer ce foutu crucifix qui n’est apparu là que sous l’ère duplessiste.
Enfin. On verra. Le but de cette commission était surtout d’enlever le PLQ de Charest du pétrin en faisant sortir le méchant, pas de proposer un nouveau modèle de société. C’est commun en gestion de crise: on laisse les frustrés se défouler, puis… on ne fait rien.
Bon, il était pas si pire que ça. Ou, plutôt, on a vu bien pire depuis. Mais j’ai toujours préféré qu’on me présente l’info, point, sans opinion.
Mongrain fera-t-il de la politique? “Jamais” répond-t-il. Mais je ne peux m’empêcher de l’imaginer. Il ferait un bon candidat-vedette pour l’ADQ! Du coup, l’ADQ aurait encore plus l’air du Parti créditiste…