Hier soir, un ami m’apprend que Pierre Curzi aurait dénoncé la venue de Paul McCartney. J’étais plus ou moins surpris, plutôt dépité, comme quand quelqu’un vient casser le party. Aujourd’hui, un de mes voisins, Ti-Mé, qui n’a à peu près que son balcon pour se rafraîchir l’été, sachant que je viens de Québec, que j’y ai passé la dernière semaine et y retourne quelques jours encore à partir de demain, me demande si je vais voir Paul McCartney. Je lui répond que je vais essayer de le voir, mais que je n’arriverai pas une nuit d’avance, que j’y vais pour le départ des voiliers et pour le Moulin à images de Lepage, que je n’ai pas encore vu. Aussi pour fuir la chaleur humide de la métropole. Et Ti-mé de me dire que Falardeau, Normand Brathwaite et d’autres artistes aussi dénoncent la venue à Québec, dans le cadre de son 400e anniversaire, du plus sage des Beatles. Je me procure pour une fois le Journal de Montréal pour en savoir plus et je lis les réactions, en page 50.
Je lis de Curzi:
Il y a une canadianisation évidente des fêtes du 400e. Ça devient un geste politique qui ternit sa présence.
Mmmm, pas faux. C’est vrai que le fédéral en a profité, que les souverainistes ont pris le tapis et que Québec a beaucoup fêté son anniversaire avec des artistes anglophones, comme Van Halen en ouverture du Festival d’été. Sans compter toute la récupération à laquelle a participé la Gouverneur générale, Michaëlle Jean. À coup de millions, le gouvernement fédéral a certainement réussi à relativiser tout ce qui se rapporte au fait français en Amérique ou à la naissance du Québec qu’aurait pu symboliser la fête de Québec… Comme toute cette délégation de Québec au Stampede de Calgary. 400 000 beaux dollars pour faire semblant qu’on vit dans un beau et grand pays uni, en donnant des foulards, des petits noeuds rappelant des ceintures fléchées, en tenant un kiosque entre deux stand de patates frites et en affublant le petit-monsieur-pas-de-cou d’un chapeau de cow-boy.
Puis, je lis de ce cher député adéquiste de la région de Québec, Sylvain Légaré:
Entendre une poignée d’artistes du Plateau et le porte-parole du PQ se plaindre, c’est inacceptable.
Et, d’ajouter candidement:
Toute cette polémique ce sont des sottises. À Québec, les gens ont l’esprit à la fête, on n’en a rien à faire de l’aspect historique et politique.
Un autre bel exemple du discours ras les pâquerettes des adéquistes. On va passer vite sur cette millionième référence à la clique du Plateau, j’en ai assez parlé ces derniers jours. Mais le “on n’en a rien à faire de l’aspect historique et politique”, ça ça fait aliéné, colonisé, Elvis Gratton, mettez-en. Il aurait pu répliquer sans lancer cette énormité.
Ailleurs, Légaré dit plutôt:
Les gens veulent juste un bon show. On ne peut pas nier l’histoire, mais restons loin des obsessions péquistes. Ici, à Québec, on ne parle pas du volet historique et de la politique fédérale.
À peine mieux. Monsieur Légaré s’offusque qu’on face de la petite politique sur la venue de McCartney, mais il en fait lui-même, trop heureux de s’en prendre aux péquistes. Et il répète à peu près la même connerie: “on ne parle pas du volet historique et de la politique fédérale”. Heille, gros jambon, réveille! Ok, on n’a pas à casser le party parce que Curzi et compagnie sont frustrés, mais l’histoire de Québec et du Québec ne sont pas que l’affaire du PQ, connard! Et ce n’est pas parce que le fédéral a déserré les cordons de sa bourse qu’il a pour autant acheté notre silence et notre esprit critique. C’est ça que ça donne une décennie de propagande anti-péquiste dans la région de Québec! Misère! Faut dire que Curzi et Falardeau, même s’ils ont raison sur le fond, n’aident pas leur cause en venant jouer les casseux de party. Ça manque clairement de flair politique! Curzi a encore des croûtes à manger comme politicien et Marois a vite compris qu’elle était mieux de dissocier son parti des démarches de Curzi.
Moi, je vous emmerde, fédéralistes, autonomistes ou souverainistes, vous avez tous un peu raison, mais je serai aux alentours pour voir ce qui se passe, pour entendre McCartney et peut-être le voir un peu, gros comme une fourmi. Je n’aurais jamais payé pour un billet de McCartney en salle, surtout que je suis de ceux qui en ont marre de la déification des Beatles, mais gratuitement, sur les Plaines, avec des centaines de milliers de mes semblables, ça vaut le détour! Pis ça a l’air que c’est le fédéral qui paie!