La babélisation du Québec

4 juillet 2008 à 07:07
Catégorie(s): Montréal, Politique, Société

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J’aurais pu écrire exactement la même chose,
mais c’est Joseph Facal qui l’a fait.

La babélisation du Québec

Les unes après les autres, les preuves s’accumulent. Mais nous continuons à nous laisser endormir.

Moins de la moitié des allophones utilisent le français dans leur vie de tous les jours.

La francisation de ceux qui ne sont pas d’origine latine - les Chinois, les Indiens, les Slaves - stagne autour de 15 % et n’a pas fait de progrès depuis… 30 ans

Qui nous dit cela ? Non, pas la Société Saint-Jean-Baptiste, mais le Conseil supérieur de la langue française, un organisme gouvernemental qui ne s’est pas distingué ces dernières années par son alarmisme.

Cela n’a pas empêché le gouvernement libéral, avec l’appui du Parti québécois, d’augmenter à 55 000 le nombre d’immigrants reçus chaque année, tout en retardant la publication d’autres données très inquiétantes et en clouant au pilori quiconque osait se questionner.

Le Conseil supérieur nous dit qu’il faut «agir d’urgence» et «massivement». La ministre Saint-Pierre, dont on a pu apprécier la vigueur, trouve cela «intéressant» et nous rappelle qu’elle agit «déjà». Ça vous rassure ?

LE MIROIR

Pour la millième fois, il faut redire que ce ne sont pas les immigrants qu’il faut montrer du doigt. C’est nous qui devons nous regarder dans le miroir.

L’immigrant, même s’il prétendra souvent le contraire parce qu’il sait la «bonne» réponse à donner, vient ici pour refaire sa vie, pas pour mener à notre place un combat que nous-mêmes ne voulons plus mener.

Car voilà toute la question : avons-nous encore envie de nous battre pour cette langue ?

Dans sa tête, l’immigrant n’a pas choisi le Québec, sauf exception. Il a choisi le Canada et l’Amérique du Nord, où l’anglais règne en maître et où le français est une langue ultra-minoritaire. Vous émigrez en Espagne : vous apprendrez d’abord l’espagnol ou le catalan ?

C’est comme ça PARTOUT et depuis TOUJOURS : l’immigrant penchera logiquement, naturellement du côté du groupe majoritaire, parce que c’est là que se trouvent les opportunités.

La situation du français en Amérique sera toujours délicate, mais si vous ne voyez pas le lien entre la condition minoritaire des francophones au Canada - et donc le statut politique du Québec - et l’avenir du français, c’est parce que vous ne voulez pas le voir.

À l’extérieur de la région métropolitaine, le français ne semble pas menacé, donc on s’en fout. La question linguistique y est vue comme une «patente montréalaise». Mais quand Montréal aura basculé, le compte à rebours s’enclenchera pour le reste du Québec.

DÉMISSIONS

Voyez aussi toutes ces petites démissions qui en disent si long. Nous passons immédiatement à l’anglais pour avoir l’air gentils et ouverts, où parce que c’est plus rapide pour nous faire comprendre… chez nous Nous regardons comme des excentriques ceux qui se battent encore pour cette langue. Nous laissons faire un gouvernement qui ne veut surtout pas prendre ce taureau par les cornes, de peur de déclencher une crise qui nuirait à ses intérêts partisans.

Nos petits-enfants nous poseront un jour la question : pourquoi avons-nous laissé faire ? Et si vous répondez en français, il n’est même pas dit qu’ils vous comprendront.


Bonne Saint-Jean!

24 juin 2008 à 03:06
Catégorie(s): Montréal, Médias, Politique, Québec

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Suite au billet tristounet de Renart sur le site Branchez-vous et à l’interrogation d’un lecteur sur le blogue du Dernier Québécois quant à un certain mythe montréalais, j’ai fouillé dans mes souvenirs pendant qu’il pleuvait.

En cette journée de la Fête nationale, alors que les sondages montrent que la région de Québec déçue de l’ADQ préfère élire les Libéraux plutôt que les souverainistes du PQ, alors que d’autres sondages montrent le pessimisme des Québécois quant à une éventuelle accession du Québec à sa souveraineté, alors que Harper vient fêter la Saint-Jean au Québec et que même les fervents patriotes se font défaitistes, je veux rappeler à ceux qui la souhaitent, cette souveraineté, ainsi qu’à ceux qui n’en veulent pas, que l’idée de souveraineté n’est pas morte. Elle n’est pas forte, mais elle est loin d’être morte. En fait, on pourrait même dire que l’option souverainiste est actuellement à son niveau plancher mais que, si elle est le moindrement appuyée de la bonne manière, elle ne peut que remonter.

La tâche est ardue, beaucoup trop de gens se laissant influencer par certains chiffres des médias et par les grandes gueules de la radio ou de la télé, qui ont le champ libre depuis trop longtemps. Je demeure convaincu qu’André Arthur et son successeur Fillion ont fait plus de dommages dans la région de Québec qu’Alain Dubuc et tous ses malices, ceux-ci étant sommes toutes réservée à ceux qui lisent les éditoriaux, une espèce en voie de disparition si on se fie à d’autres chiffres déprimants sur la consommation d’information des Québécois.

Les chiffres récents, à première vue, font peur aussi. Pourtant, on remarquera qu’on sonde ces jours-ci la croyance que la souveraineté se fera, pas le souhait de la faire. Ces jours-ci, beaucoup de ceux qui aimeraient que le Québec devienne souverain ne croient plus que cela arrivera. Or, à 42% de Québecois qui se disent toujours prêts à voter OUI, on peut encore dire que la majorité des Québécois d’origine canadienne-française est en faveur de la souveraineté. Il faut trouver le moyen de rejoindre ceux chez les francophones qui ont développé une allergie au discours souverainiste et qui tentent de (se) convaincre que ce débat nous a fait perdre du temps et qu’il est temps de passer à autre chose. C’est plutôt le contraire: il est encore temps de la faire, la souveraineté et ce sont ces francophones qui ont voté NON et ces politiciens qui nous ont laissé croire qu’une autre voie était possible qui nous ont fait perdre de notre précieux temps. Nous pouvons encore la faire, la souveraineté, pendant que les babyboomers sont encore de ce monde, alors qu’on peut toujours compter sur un appui majoritaire chez les jeunes, pendant que l’immigration n’a pas encore rendu mathématiquement impossible l’atteinte de ce but. Tous ceux qui craignent pour leur culture au point de croire qu’on doit légiférer contre la lapidation (!) mais qui font encore la sourde oreille aux souverainistes devraient se rendre compte qu’ils sont eux-même la cause des problèmes. Le Québec devenu un pays officiellement francophone, le message serait clair pour les immigrants et la survie de notre culture déjà beaucoup mieux assurée!

Bonne Saint-Jean! Le soleil se pointe, alors je vais prendre mon bain de foule et quelques photos!


Un dimanche à Montréal

10 juin 2008 à 05:06
Catégorie(s): Montréal, Politique, Société, Vidéo

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Dimanche, après avoir appris à la dernière minute sur le site de Cyberpresse que le Mouvement Montréal Français organisait une manifestation au Parc Jeanne-Mance, j’ai décidé de sortir de mon cocon dans la Petite-Patrie et d’aller prendre du soleil au pied du Mont-Royal.

Sur mon chemin, j’ai croisé une procession de juïfs orthodoxes, qui fêtaient je ne sais quoi au son de la musique. J’ai trouvé assez fascinant le contraste entre cette musique qui, comme je n’en saisi un traître mot, m’apparaît joyeuse et festive, et le calme de foule.

Ensuite, après une lente marche où je testais mon nouvel appareil photo en le comparant avec mon ancien, je suis arrivé au pied du Mont-Royal qui, comme tous les dimanche, accueille les tams-tams. Il faisait chaud, les gens suaient, mon crâne suintait. Un charmante dame dansait le baladi devant les percussionnistes, sur le socle du monument érigé en l’honneur de Jacques-Cartier. Ceux qui n’avaient pas le courage de danser dans cette chaleur accablante marchaient lentement, mais le plus souvent avec le sourire.

Puis je suis descendu en bas de la côte, là où se dressaient des fleur-de-lysées. J’avais manqué les Loco Locass et le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Jean Dorion, prenait la parole. Dorion n’est pas un grand orateur, mais son discours est responsable et prudent tout en demeurant revendicateur. Un extrait que vous n’entendrez certainement pas sur le site de Cyberpresse:

La hasard a voulu que ce dimanche-ci, Montréal m’aie montré toute sa richesse, sa diversité et aussi ses solitudes. La procession juïve était bien peu dérangeante certes, intéressante à voir et entendre, mais ces juïfs-là sont dans leur monde. Au seul son des tams-tams, loin des discours, le Montréal multi-ethnique se rencontre dans la joie et l’harmonie, toutes couleurs de peau confondues, du rose-qui-a-brûlé-au-soleil au brun-foncé-qui-a-appris-à-ne-pas-brûler-au-soleil. Et, au bas de la côte, pendant que d’autres jouaient au soccer, des “Québécois de souche” se retrouvaient seuls, si on peut dire. La foule des intéressés par la survie du fait français à Montréal était presque exclusivement composée de blancs. Malheureusement. Et cette foule fut bien modeste, la promotion de l’événement ayant probablement échoué à se faire entendre en cette fin de semaine de Grand Prix.


Le rapport sous tous ses rapports

25 mai 2008 à 12:05
Catégorie(s): Diaporamas, Montréal, Médias, Politique, Société

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Personnellement, je n’ai toujours pas lu le Rapport Bouchard-Taylor, mais au lendemain de son dépôt, je me suis procuré les quatre principaux quotidiens montréalais pour voir comment ils traitaient la nouvelle. C’est assez fascinant de voir comment les différents médias y ont vu ce qu’ils voulaient bien voir. Malgré leurs positions éditoriales bien connues sur la question nationale, Le Devoir et The Gazette n’ont pas détourné outre mesure la nouvelle en fonction de leurs idéologies. Je dirais que La Presse a offert la meilleur couverture, non pas grâce à Dubuc et Pratte, qui commencent déjà, eux, à vouloir mal faire paraître les partis d’opposition nationalistes, mais grâce à Yves Boisvert et Vincent Marrissal, qui ont écrit vendredi, et Foglia, qui a écrit sur le sujet samedi. Le Prix Citron est décerné au Journal de Montréal qui, s’il n’est pas nommément visé par les commissaires pour les dérapages médiatiques, se défend pathétiquement tout en continuant à pondre des titres populistes de la même nature que ceux qui ont mis le feu aux poudres.

Les manchettes

La Presse a choisi LE grand titre que j’attendais : “Le Québec n’a pas à rougir”. J’ai écouté la conférence de presse de Bouchard et Taylor. Taylor l’a affirmé de façon sentie, avec émotion et fierté: un tel débat n’aurait pu se tenir aussi sereinement ailleurs, des collègues européens lui ont fait remarquer. Boisvert écrit que “Nos enfants sont déjà ailleurs” et Marissal titre sa chronique “Les suites d’une fausse crise”. Les deux chroniqueurs disent ce que je croyais et ce que les commissaires concluent: le Québec n’est pas en train de crouler sous les cas d’accomodements déraisonnables. Et c’est assez plaisant de lire dans La Presse que le modèle de multiculturalisme canadien n’est pas approprié au Québec.

Par contre, contrairement à d’autres médias, y compris le Journal de Montréal, La Presse n’a pas présenté la démystification des cas d’accommodement raisonnable qui ont fait s’énerver bien des Québécois. J’ai bien aimé que les commissaires confrontent “les faits” et leur “perceptions erronées”. Je connaissais toute l’absurdité du “cas de la cabane à sucre”, mais j’en ai appris à propos de celui des vitres givrées du YMCA en plein quartier juïf: la bâtisse avait été reconstruite il y a une dizaine d’années, il n’y avait auparavant pas de grandes fenêtres donnant sur la synagogue. Déjà ça met en perspective! Pourquoi est-ce que je ne l’apprend que deux ans plus tard?

Pathétique Journal de Montréal

Je m’attarde ici sur le cas du Journal de Montréal, que je ne lis habituellement qu’au restaurant parce qu’il ne prend pas trop de place. “Soyez encore plus accommodants” titre-t-il. Avec dans la colonne de droite, Martineau qui demande “On est tous des cons, c’est ça?”, Aubin qui affirme “Elvis Gratton peut prendre sa retraite”, Bazzo qui demande à son tour “Maintenant, ferez-vous partie des moutons?” et Christopher Hall qui présente “L’histoire de deux vieux intellos full patch en 1839″! Ça fait une bien belle première page!!!

Dans le premier article intitulé “Jean Charest sauve le crucifix”, Yves Chartrand insiste sur le fait que Charest conservera une distance critique face au rapport.

Dès le second article, le Journal commence à se justifier:

Notons que les extraits publiés samedi dans The Gazette, puis dans Le Journal de Montréal, sont conformes en tout point avec le rapport final. Une grande portion du rapport sert ainsi à dire aux Québécois de souche de mieux traiter les minorités de la province.

Page 4, en haut, le tristement célèbre maire d’Hérouxville est cité: “Si vous me demandez si je suis satisfait de cette décision-là… Ça n’a aucune allure” juste à côté d’une femme voilée qui, elle, dit: “C’est une grande journée pour l’avenir du Québec”. Ou l’art d’antagoniser! Sur la même page, à propos des recommandations demandant de mieux étudier la question, on écrit “Ouvrez vos portefeuilles” et on résume ces propositions par un tableau titré “Encore des comités à créer”. Est-ce que l’article rappelle que la commission a économisé plus d’un millions de dollars sur le budget prévu? Non.

La page 5 présente trois cas démystifiés par les commissionnaires et s’intitule “La vérité, selon les commissaires“. Son amorce: “Soutenant que les médias ont monté en épingle une série d’événements anodins qui ont été mal interprétés par une partie de la population, les commissaires sont allés sur le terrain, disent-ils, à la recherche de la vérité”. Et, à chaque cas, d’ajouter une étoile se rapportant à une note de bas de page disant “Il faut bien noter que cette perception populaire ne correspond pas à la version des faits dûment vérifiés et publiés dans les médias écrits”. Tout ça ne sonne-t-il pas comme “ce n’est pas notre faute” et “les intellos imposent leur vérités”!? Viennent ensuite les opinions de Martineau et Aubin, dont les titres des chroniques ne sont pas ceux de la première page. Martineau sombre de plus en plus dans la facilité populiste. Il semble prendre cela personnel en parlant des journalistes “qui regardent leurs confrères de haut” et parle d’aveuglement:

Mais de là à dire que le malaise que la plupart des Québécois ressentent face à l’histoire des accommodements est dû à une mauvaise perception, il y a une limite. Ce n’est plus de la mauvaise foi, c’est de l’aveuglement! Les profs, les intervenants de la santé, les représentants syndicaux, toutes les personnes qui ont pris la parole pour dire qu’elles sont RÉGULIÈREMENT prises avec des demandes d’accommodements déraisonnables - tous ces gens ont mal vu?

Heureusement, Aubin reconnaît que “les médias se sont lancés dans une chasse enthousiaste aux histoires abracadabrantes”, mais conclut: “La question qui reste, c’est: qui, de nos jours, veut s’accommoder de propos si raisonnables?”. Pas le Journal de Montréal, semble-t-il.

Quand on choisit le Québec

Finalement, tant qu’à être dans l’analyse des médias, un dernier mot sur la publicité du Gouvernement du Québec parue le jour même de la sortie du rapport. Faut pas être dupe: celle-ci est en fait une publicité sur Jean Charest, pour Jean Charest. Le titre ne fait pas innocemment référence à sa biographie intitulée “J’ai choisi le Québec”. Ça représente ce que le PLQ tente de faire: se montrer lui aussi défenseur de la nation québécoise. C’est la même logique qui l’a fait proposer rapidement sa motion sur le maintien du crucifix à l’Assemblée Nationale: il veut conserver le vote des “vieux canadiens-français”.

Charest se paie de la pub perso

À lire les écrits des analystes politiques et des éditorialistes fédéralistes, il n’y a pas que Pauline Marois et Mario Dumont qui aient été nerveux à la veille de la publication du rapport. Non, il n’y a pas de crise des accommodements raisonnables. Mais la question identitaire, elle, est à fleur de peau. Charest a beau espérer que l’été fasse tout oublier, ce n’est pas fini cette affaire-là!


Bientôt le rapport

22 mai 2008 à 11:05
Catégorie(s): Montréal, Politique, Québec, Société

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Au moment où je serai en train de regarder le dernier Indiana Jones, les journalistes seront en train de lire le rapport de la Commission Bouchard-Taylor.

Vision for a new Quebec

Je suis de ceux qui ont acheté la Gazette le week-end dernier, titillé par le sous-titre “Learn more English - Be nicer to Muslims - Get better informed“. D’accord pour être plus gentils avec les Musulmans: je suis sûr qu’ils souffrent beaucoup du 11 septembre 2001 et les morons d’Hérouxville ont bien illustré l’ignorance à leur égard en interdisant la lapidation. D’accord pour être mieux informés. Je vis des technologies de l’information, j’en mange. J’achète Le Devoir et La Presse le samedi, je lis Canoe et Cyberpresse et écoute la radio de Radio-Canada le reste de la semaine. J’étais d’accord avec le propos politiquement incorrect de Bouchard à propos de ceux qui ne s’informent qu’à TVA et TQS. Je crois effectivement que ceux qui ne s’abreuvent qu’à ces sources manquent tout un pan de la réalité, surtout avec les débats binaires et malsains que ces deux réseaux se faisaient un plaisir de lancer. Mais c’est pas tous les gens qui ont le temps nécessaire pour demeurer bien informé. Plusieurs ont pris cela comme une insulte, mais c’est vrai que plusieurs parlaient des accommodements raisonnables à travers leur chapeau, sans même rencontrer des immigrants dans leur vie quotidienne et en ne se fiant qu’à quelques manchettes accrocheuses et… certaines déclarations politiques opportunistes.

J’étais aussi un des rares à défendre les commissionnaires, faisant confiance aux intellects des Taylor et Bouchard, tout en sachant que le premier était un chantre du multiculturalisme (ou de l’interculturalisme pour être précis) et que le second revisitait l’histoire du Québec en insistant sur son américanéité. J’ai été soufflé de voir à quel point plusieurs se méfiaient de cet autre complot du Plateau en constatant que les chercheurs associés à la Commission étaient tous des Montréalais. Bouchard est un bleuet et les sociologues spécialistes de l’immigration se trouvent là où il y a de l’immigration, mais bon…

J’ai moi aussi mes craintes sur les éventuelles conclusions du rapport Bouchard-Taylor. Si le rapport dit bien “apprenez plus l’anglais”, je serai résolument contre cette affirmation. Si le rapport ne dit pas que les Québécois sont tolérants, je ne serai pas content. Oui, il y a eu quelques morons plus ignorants que malfaisants. Oui, il y a eu des excès de langage sur les lignes ouvertes. Mais je crois profondément que le peuple Québécois est un des plus tolérant qui soit. C’est sa nature, héritée de la sagesse amérindienne et de la conquête anglaise. Nous sommes un peuple de moutons, bordel! Des porteurs d’eaux qui n’osent même pas parler trop fort.

Je crois que la Commission devrait dénoncer certaines méthodes journalistiques, certaines enflures médiatiques. Et si elle ne parle pas de la méfiance malsaine des régions envers Montréal, elle passera à côté d’un gros morceau de l’explication sur cette “affaire” des accommodements raisonnables. Je ne crois pas qu’elle les fera, mais certains médias de Québec mériteraient quelques remontrances dans cette phobie anti-montréalaise qui devient dévastatrice pour la société québécoise francophone.

Si elle écrit, comme un autre journal le laissait entendre, que ce n’est pas parce que nous avons collectivement rejeté la religion dans les années soixante que ça nous donne le droit d’imposer ce choix aux nouveaux arrivants, elle se trompera. “De quel droit?” aurait demandé un des commissionnaires dans une version préliminaire du rapport. Du droit qu’on peut exiger des autres ce qu’on exige de soi-même, voilà! Évidemment, je ne veux pas dire qu’il faudrait interdire la pratique des religions. Par contre, elle doit demeurer strictement affaire privée. La Commission doit affirmer haut et fort les principes de laïcité. Une institution comme l’Assemblée Nationale devrait donner l’exemple et retirer ce foutu crucifix qui n’est apparu là que sous l’ère duplessiste.

Enfin. On verra. Le but de cette commission était surtout d’enlever le PLQ de Charest du pétrin en faisant sortir le méchant, pas de proposer un nouveau modèle de société. C’est commun en gestion de crise: on laisse les frustrés se défouler, puis… on ne fait rien.


The Cure

16 mai 2008 à 08:05
Catégorie(s): Montréal, Musique

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The Cure
14 mai 2008
Centre Bell

The Cure

C’est sous un coup de tête, à la dernière minute, que j’ai décidé d’aller voir The Cure, seul, sans appareil photo pour partager l’expérience, ni psychotropes pour l’altérer. Depuis que j’ai mon Kodak V570, je m’efforçais de l’amener avec moi à chaque concert, même si c’est habituellement interdit. Des fois, je pouvais filmer tant que je voulais, d’autres fois ça devenait une aventure, un jeu de chat et de souris avec les colosses de la sécurité. Dans tous les cas, ça occasionnait un stress, mais, surtout, tout le temps passé à viser en contemplant l’écran LCD de l’appareil me faisait paradoxalement manquer le spectacle. Trop soucieux de conserver des souvenirs d’un événement, je devenais plus étranger à cet événement! Alors j’ai décidé de ne pas traîner le Kodak en question. J’ai aussi souvent l’habitude me claquer un joint ou deux avant un spectacle, à l’entracte ou, quelques fois, si je suis chanceux, pendant la prestation. C’est de plus en plus difficile pendant un spectacle, surtout depuis qu’on ne peut plus fumer la cigarette. Et au Centre Bell, lors d’un spectacle des White Stripes, j’avais vu un fumeur se faire sortir assez énergiquement merci. Cette fois-ci donc, pas de prise de risques et une intention: savourer attentivement la venue de ce groupe mythique.

C’est en en 1986 que j’ai découvert The Cure, avec l’album The Head On The Door. J’ai énormément écouté la compilation de singles Standing by the Sea, parue cette année-là, mais qui comportait des chansons de presque tous les albums parus entre 1979 et 1985. À Québec, pour la plupart des gens autour de moi, même les plus branchés, c’était nouveau. Puis comme les meilleurs groupes même les plus étranges, The Cure devint immensément populaire, peut-être à partir de leur album double, Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me, paru en 1987, que j’ai aussi écouté à répétition. Mais ensuite, par snobisme peut-être, j’ai cessé de suivre le groupe de Robert Smith. Malgré les excellentes critiques à son endroit, je n’ai jamais acheté l’album suivant, Desintegration. Ensuite, je n’ai pratiquement plus prêté attention aux nouveaux essais du groupe. Vingt-deux ans plus tard, au Centre Bell, je m’attendais donc à entendre beaucoup de morceaux que je ne reconnaitrais pas. Mais un critique d’un des journaux culturels de Montréal avait écrit que le concert serait long et que les vieux classiques seraient là, mais au rappel.

J’ai choisi d’aller voir le spectacle après que le Réseau Admission m’aie proposé une place sur le parterre, la EE 19. Étant né le 19 septembre, j’ai exceptionnellement voulu y voir un signe, surtout en constatant sur le plan de la salle que la place était bien centrée face à la scène. J’avais vu les White Stripes puis les Beastie Boys à partir du parterre du Centre Bell, et j’avais alors trouvé le son et la vue tout à fait satisfaisants. Mais lors de ces deux premières expériences, il n’y avait pas de places attitrées, ce qui change sensiblement la donne, comme j’allais le constater.

Armé de mes deux premières bière payées plus de 20 beaux dollars, j’ai pris place entre un couple hispanophone et une dame alors seule, pour entendre les deux derniers morceaux du groupe en première partie. Je ne connaissais pas ce groupe et ne le connaît guère plus maintenant, mais leur prestation m’a confirmé que j’avais un bon siège. Vers 20h40, Robert Smith monta sur scène. J’étais parfaitement aligné avec le micro du chanteur. Tout le parterre se leva. Heureusement, les boys juste devant moi étaient plus petits que moi.

Robert Smith

Les Cure ont commencé leur prestation avec des morceaux que je ne connaissais pas. La voix de Robert Smith était d’abord trop faible, mais dès le troisième morceau, son niveau sonore était corrigé. Cette voix allait résonner toute la soirée, comme à la belle époque, comme si Smith n’avait jamais vieilli, seulement pris du poids. Ce troisième morceau en était un tiré de Pornography, un événement rare selon Nina que j’ai rencontrée quelques minutes plus tard au moment de fumer une cigarette à l’extérieur! Moi qui me pensais un connaisseur de la première période des Cure, je ne l’avais pas reconnue! Un autre morceau de Pornography serait joué en fin de partie principale.

À deux ou trois exceptions près, les Cure ont d’abord aligné les chansons de la période où je les avais ignoré: beaucoup de chansons de Desintegration, aie-je appris par la suite, et quelques nouveautés également, toutes clairement annoncées par Smith. L’atmosphère d’un spectacle des Cure, fondateurs du rock gothique, n’est certainement pas la plus joyeuse qui soit, mais le public semblait apprécier. Moi, ce ne fut que vers 22h00 que j’ai vraiment embarqué. Je ne reconnaissais pas plus la plupart des morceaux, mais le son me plaisait beaucoup, plus rock, plus pesant, plus gothique… Et tranquillement, de plus vieux morceaux commençaient à se faire entendre.

Par contre, en même temps, l’envie de pisser me rendait inconfortable, d’autant plus inconfortable que j’étais placé en plein milieu de la rangée et qu’il me fallait déranger mes voisins pour en sortir. Mais, quand il faut y aller, faut y aller! Outre fumer et jaser avec Nina, j’en ai profité pour me procurer deux autres bières, pour le reste de la soirée et, au retour, j’ai tenté de joindre la foule compacte au pied de la scène. La zone était évidemment réservée à ceux qui détenaient des billets dans les premières rangées - comme mes chums Michel et Pat, les chanceux -, alors je suis retourné à la place qui m’était attitrée. Entre mes voisines qui se dandinaient plus qu’avant ma brève absence, ma liberté de mouvement devenait plutôt restreinte, même pour lever le coude. Je me suis dit qu’à la prochaine envie de pisser, j’irais voir ailleurs si j’y étais.

Ce moment est arrivé pendant le premier rappel. Je suis allé rejoindre les spectateurs dans les rouges, un peu plus haut à gauche de la scène. Le son y demeurait excellent et le point de vue n’était pas pire, au contraire! J’ai pu mieux voir le guitariste du groupe qui, de ma place au centre du parterre ressemblait, à Martin Matte, à cause de son coco rasé, mais qui, de plus près n’en avait pas l’air du tout: gilet à mailles, maquillage et souliers à talons hauts recouverts de paillettes rouges! J’ai alors constaté que ces places sur les côtés de la scène valent mieux qu’une place sur un parterre de chaises cordées. Un agent de sécurité est venu m’avertir de m’assoir, puisque je me tenais debout dans l’entrée d’une section, mais je ne suis pas retourné à ma place. J’ai pu apprécier les rappels à partir d’un endroit plus confortable et animé, assis derrière une fort jolie demoiselle qui s’endormait malgré la fébrilité bien plus palpable au sein de l’amphithéâtre.

Les rappels furent pour moi, et certainement plusieurs, le clou de la soirée. Pas un rappel, pas deux, mais bien trois! J’étais sûr qu’au Centre Bell, tout serait terminé à 23h00 tappant. Mais non! Jusqu’à 23h30, se sont succédées les classiques que toute la foule attendait, que j’attendais. Le second rappel se termina avec “Killing an Arab”! Celle-là, je ne l’attendais pas, surtout qu’aux dernières nouvelles elle était disparue d’une compilation sous la pression de groupes y voyant une charge raciste.

Ces derniers trois-quart d’heures firent mon bonheur, d’autant plus que pendant un bon moment, Smith s’approcha de notre section, comme il l’avait fait au cours de la soirée. Du coup, je vivais le spectacle plus intimement. Et ceux qui connaissent The Cure pourront comprendre pourquoi j’étais dans ma zone confort à la lecture du setlist :

01. Plainsong (1989 - Disintegration)
02. Prayers For Rain (1989 - Disintegration)
03. A Strange Day (1982 - Pornography)
04. alt.end (2004 - The Cure)
05. The Walk (1983 - Japanese Whispers)
06. The End of the World (2004 - The Cure)
07. Lovesong (1989 - Disintegration)
08. Sleep When I’m Dead (nouveau!)
09. Pictures of You (1989 - Disintegration)
10. Lullaby (1989 - Disintegration)
11. The Perfect Boy (nouveau!)
12. From The Edge of the Deep Green Sea (1992 - Wish)
13. Hot Hot Hot!!! (1987 - Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me)
14. The Only One (nouveau!)
15. Push (1985 - The Head On The Door)
16. In Between Days (1985 - The Head On The Door)
17. Just Like Heaven (1987 - Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me)
18. Primary (1981 - Faith)
19. Shake Dog Shake (1984 - The Top)
20. Never Enough (1990 - Mixed Up)
21. Wrong Number (1997 - Galore)
22. 100 Years (1982 - Pornography)
23. Endsong (?)

Rappel #1

24. Signal To Noise (?)
25. M (1980 - Seventeen Seconds)
26. Play For Today (1980 - Seventeen Seconds)
27. A Forest (1980 - Seventeen Seconds)

Rappel #2

28. Boys Don’t Cry (1980 - Boys Don’t Cry)
29. Jumping Someone Else’s Train (1980 - Boys Don’t Cry)
30. Grinding Halt (1979 - Three Imaginary Boys)
31. 10:15 Saturday Night (1979 - Three Imaginary Boys)
32. Killing An Arab (1980 - Boys Don’t Cry)

Rappel #3

33. Freakshow (nouveau!)
34. Close To Me (1985 - The Head On The Door)
35. Why Can’t I Be You? (1987 - Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me)

Constatation à la lecture de ce setlist: les compositions d’avant 1989 sont celles que j’ai le plus appréciées, même si je ne les reconnaissais pas toutes.

Je n’ai pu commencer ce compte-rendu de ma soirée avec The Cure que le surlendemain, car mon corps a passé une journée à se remettre de la bière en fût qu’on nous vend à prix d’or au Centre Bell. Qu’est-ce qui a de pire qu’un lendemain de brosse? Un lendemain de brosse alors qu’on n’était pas saoul!

Leçons de la soirée: préférer les rouges près de la scène si le parterre est divisé en places pré-assignées, éviter de trop boire de cette bière en fût de merde, j’aurais pu amener le Kodak sans me faire écoeurer.


Des mois plus tard…

25 avril 2008 à 11:04
Catégorie(s): Montréal, Politique, Québec

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Plutôt que d’écrire un billet à propos de Mario, de sa chute de popularité, de sa position sur l’immigration, de l’affiche et du sondage récent sur la dite position, je vais me contenter de me citer. J’écrivais, en novembre 2006:

Même si je suis d’accord avec l’essence du propos de Mario, je le suis aussi avec la mise en garde de Boisclair et l’analyse de certains: oui la démarche de Dumont frise la démagogie, et oui c’est du populisme. À leur dernier congrès, les adéquistes, déjà étiquettés à droite, ont décidé de s’assumer et de désormais s’afficher comme tel. Mélangez la haine de plusieurs d’entre eux pour les pékissssses, leurs frustrations face à la Métropole et aux métropolitains et ça risque d’être fort laid sur les tribunes téléphoniques. Moi, qui n’ai jamais regretté d’avoir porté les couleurs de l’ADQ, en étant fier même, je risque d’en avoir honte dans les prochains mois.


En faisant mon marché

19 avril 2008 à 12:04
Catégorie(s): Montréal

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Ce midi, en allant chercher oeufs, fromage, baguette et journaux, j’ai croisé Jean “Leloup” Leclerc, en camisole, fumant le cigare et la guitare en bandoulière.

Voilà! C’est tout. Une petite tranche de vie dans la Petite-Italie.


Mes élections

18 avril 2008 à 08:04
Catégorie(s): Montréal, Politique, Québec

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En démocratie, le vote est secret, mais je ne fais pas de cachettes. Voici donc comment et pour qui j’ai voté depuis que j’en ai le droit:

21 novembre 1988

Louis-Hébert

DUPLESSIS, Suzanne. (élue)

Parti Progressiste-conservateur

25 septembre 1989

Louis-Hébert

BERTRAND, Guy

Parti Québécois

25 octobre 1993

Louis-Hébert

PARÉ, Philippe (élu)

Bloc Québécois

12 septembre 1994

Louis-Hébert

LAMONTAGNE, Gaétane

Action Démocratique du Québec

2 juin 1997

Québec

GAGNON, Christiane (élue)

Bloc Québécois

30 novembre 1998

Jean-Talon

BEAUDIN-LECOURS, Martin

Action Démocratique du Québec

27 novembre 2000

Rosemont-La Petite-Patrie

BIGRAS, Bernard (élu)

Bloc Québécois

14 avril 2003

Gouin

DESCHÊNES, Stéphane

Action Démocratique du Québec

28 juin 2004

Rosemont-La Petite-Patrie

BIGRAS, Bernard (élu)

Bloc Québécois

20 septembre 2004

Gouin

DESCHÊNES, Stéphane

Action Démocratique du Québec

23 janvier 2006

Rosemont-La Petite-Patrie

BIGRAS, Bernard (élu)

Bloc Québécois

26 mars 2007

Gouin

GIRARD, Nicolas (élu)

Parti Québécois


Petite-Patrie blanche

9 mars 2008 à 04:03
Catégorie(s): Montréal

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