Merci Paul!

Ma mère loue un appartement dans une de ces grandes maisons de la rue des Braves, tout près du Parc des Braves, où s’est tenue la Bataille de Sainte-Foy. Selon Wikipedia, cette bataille fût le “le dernier battement de cœur de la France coloniale au Canada”. Ça résume bien. Mais je vous recommande de lire la description détaillée de la bataille qui a résulté en une victoire contre les Anglais par des troupes parties de Montréal sous le commandement de Lévis. Sans les renforts anglais qui sont par la suite arrivés par bateaux avant ceux des français, Québec serait redevenue française.
Chez ma mère, ma soeur, son chum et leur fille sont venus nous rejoindre pour souper en cette journée de visite de Sir Paul McCartney. Mon père était de la partie, venant avec enthousiasme prêter main forte à ma mère pour garder la petite, le soir venu, pendant que nous, les jeunes adultes, irions sur les Plaines, quelques minutes à pied de là, vers l’Est.
Dès l’heure du dîner, j’observai des gens arriver de l’extérieur, à pieds ou en voiture. Sur l’heure du souper, la rue était des deux côtés pleine de voitures garées. Nous avons bien mangé, bien bu, puis nous nous sommes aventurés vers les Plaines, avec le petite en poussette. Je croyais que la zone B, celle où les gens pouvaient attendre en après-midi, était en face du Musée du Québec, là où aura lieu le spectacle de Céline. J’avais mal lu le plan: la zone B commençait assez loin derrière le musée. On su qu’on y était lorsqu’on vit les déchets au sol. Et à partir des premières toilettes chimiques sur l’accès asphalté, les grand-parents et la petite durent prendre la direction des rues du Vieux-Québec. Heureusement, ils ont entendu une bonne partie du spectacle et la petite allait se faire aller les mains en dansant avant de tomber de sommeil.
Ma soeur, son chum et moi sommes avancé jusqu’où la foule était dense, sur une butte permettant d’apercevoir, le cou bien étiré, le second écran géant. De notre point de vue, l’écran était loin d’être géant et il se situait derrière la scène! Mais le son y était très bien, comme nous avons pu le constater quand McCartney nous balança en guise de première chanson, “Jet”, une toune que j’avais presqu’oubliée et que j’ai toujours bien aimée. La soirée était commencée, finalement, après controverses, rumeurs et attentes enthousiastes. Mon beau-frère était allé chercher deux bières, pour sa blonde et lui, moi préférant m’abstenir pour ne pas avoir à aller aux toilettes.

“Bonsoir les Québécois”.
Applaudissement de la foule.
“Bonsoir tout la gang” avec un “gang” bien Québécois.
Applaudissements de la foule.
Puis un classique des Beatles: “Drive my car”. Le monde trippait tout autour de moi, des plus vieux aux bambins. Après un rock plus récent et plutôt ordinaire de sa carrière solo, Sir Paul osa s’adresser un peu plus longuement à la foule:
“All right, thank you. Merci beaucoup.”
Applaudissements de la foule.
“OK, soooo… Je par-lé seulement un petit peu français”.
Hurlements de la foule.
“Un petit peu, seulement. So I will be speaking only in English”.
Silence total de la foule.
Du moins de notre point de vue. Ceux qui visionnèrent plutôt le spectacle en direct à la télévision purent entendre un parterre plus collaboratif, mais d’où j’étais, j’ai senti une malaise. La foule n’était pas sûre. Avait-elle seulement bien compris? Il y avait une petite gêne en tout cas! Et, selon ce que j’ai pu voir en regardant la rediffusion du spectacle par le Canal Indigo, McCartney m’a semblé avoir ressenti une certaine gêne aussi. Il ajouta que pour ceux qui ne comprennaient pas, il y aurait une traduction à l’écran, nous implora presque avec un “Come on!”. Puis, en se roulant les manches, de conclure calmement: “I think most of you get it.”
Foule silencieuse.
Ou anxieuse? Non… Les Plaines demandaient seulement à être conquise par cet autre Anglais. “Conquise” au sens où Jacques Godbout et René-Daniel Dubois l’entendaient dans leur documentaire “Le sort de l’Amérique”. Et McCartney de poursuivre avec un autre classique des Beatles, “All My Loving”.
Après un autre morceau de sa carrière solo que je ne connaissais pas, il continua son opération charme: “C’est ma première visite à Québec, and it’s a great place… I love it!”. Puis ce fut le tour d’une troisième chansons des Beatles, l’excellente “Got To Get You Into My Life”. Toute la soirée, McCartney ferait la belle part aux chansons du Fab Five. Celles-ci comptèrent au bout du compte pour les deux-tiers du spectacle, nous confirment les journaux du lendemain.
01. Jet
02. Drive My Car
03. All My Loving
04. Flaming Pie
05. Got To Get You Into My Life
06. Let Me Roll It
07. C Moon
08. My Love
09. Let ‘Em in
10. Fine Line
11. The Long And Winding Road
12. Dance Tonight
13. Blackbird
14. Calico Skies
15. I’ll Follow The Sun
16. Michelle
17. Mrs Vanderbilt
18. Eleanor Rigby
19. Something
20. A Day In The Life/Give Peace a Chance
22. Good Day Sunshine
23. Too Many People/She Came Through The Bathroom Window
25. Penny Lane
26. Band On The Run
27. Birthday
28. Back In the USSR
29. I Got A Feeling
30. Live And Let Die
31. Let It Be
32. Hey Jude
Rappel:
33. Lady Madonna
34. Get Back
35. I Saw Her Standing There
Rappel:
36. Yesterday
37. Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band/The End
Nul doute que Sir Paul conquit la foule autant avec sa musique qu’avec son attitude générale très cool, notamment ses efforts subséquents pour parler français. Car son “I will only be speaking in English” était une blague bien british: Paul nous a parlé dans notre langue presqu’à chacune de ses interventions. Et il nous a heureusement offert la seule chanson des Beatles avec un peu de français, “Michelle”. Ce fut un moment très fort pour moi, pour des raisons personnelles qui n’ont rien à voir avec ma ferveur nationaliste ou ma francophilie.
Au moment où notre trio reculait vers la sortie, dans une foule moins dense, j’ai aussi pu entendre cet excellent thème de James Bond qu’est “Live And Let Die”. Les Plaines coiffées d’un feu d’artifice, ce fut pour nous, et probablement plusieurs milliers d’autres spectateurs, le clou de la soirée.
Sur le chemin du retour, nous avons pu entendre distinctement “Let It Be” et “Hey Jude” avant que les chansons ne deviennent méconnaissables, arrivés sur la rue Cartier. Fatigués d’être debouts, nous avons cassé la croûte aux “Délices de Charlot”. La terrasse y était pleine, alors nous avons mangé à l’intérieur, nos derrières bien assis sur des chaises coussinées. Le temps de manger nos sandwichs, le restaurant se remplit à rabord, semant un certain chaos derrière le comptoir.
J’hésitais encore à aller dormir chez mon père, à Sainte-Foy, ou chez ma mère, sur la rue Des Braves. Mais en passant par les petites rues du quartier et, surtout, en croisant ces interminables files doubles qui attendaient l’autobus, j’ai vite choisi de ne pas tester par moi-même le système de transport exceptionnel que la STC avait mis sur pied.
J’ai terminé ma soirée au Parc des Braves, avec mon beau-frère, à siroter une bière et à revoir ce que nous avions pu enregistrer avec nos petites caméras. Le chemin Sainte-Foy était rempli de voitures en direction Ouest. Un babyboomer aux cheveux longs, fan collectionneur des Beatles, nous jasa cela un temps, nous livrant sa critique personnelle et nous apprenant que Paul McCartney avait battu le record du spectacle se terminant le plus tard sur ce site. Puis nous sommes allés nous coucher, heureux et satisfaits de notre soirée, qui s’était déroulée paisiblement, sans la moindre anicroche, comme pour quelques 250 000 autres personnes. À 2h00 du matin, le Chemin Sainte-Foy était redevenu vide. Québec s’endormait, repue et béate.
Le lendemain, le Maire Lebeaume déclara:
On a démontré qu’on était capable de faire des choses et il faut continuer. On avait un exercice psychologique à faire après les échecs qu’on a vécus par le passé. Maintenant, l’exorcisme est fait.
Vous savez quoi? Je suis d’accord avec Lebeaume. Du moins j’espère qu’il dit vrai. Si Paul McCartney a réellement permis cela, je l’en remercie doublement!
Maintenant la question qui tue: est-ce que McCartney, si cool soit-il, aurait tant parlé français s’il n’y avait pas eu la controverse que l’on connait?
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24 juillet 2008 à 1:19
T’as oublié de noircir Lady Madonna…
24 juillet 2008 à 9:11
Merci brem. Ouin, “Lady Madonna”, après que McCartney soit revenu sur scène en agitant un drapeau du Québec! Il en manquait une autre également. J’avais aussi attribué aux Beatles un morceau des Wings. Sans compter que la liste publiée par Le Soleil était erronée: deux morceaux manquaient, dont “Birthday” avec laquelle le Monsieur de 66 ans souhaita Bonne Fête à la vieille dame de 400 ans!
24 juillet 2008 à 11:42
À la question qui tue, je pense qu’il faut répondre “oui”. Un article de Cyberbresse daté du 12 juillet rapportait que McCartney prenait des cours de français, alors que la controverse est apparue vers le 17, au plus tôt le 16. Curzi et ses semblables n’ont donc rien pour se consoler: ils ont eu l’air fou, un point c’est tout.
24 juillet 2008 à 17:22
Et la chasse aux phoques, il en a parlé?
24 juillet 2008 à 21:53
Fuck les phoques!
Non, il en a pas parlé. Et il n’y a pas eu de Madelinots revendiquant avec des pancartes pendant le concert.
24 juillet 2008 à 22:50
Super spectacle
Je m’en veut de l’avoir manqué
(Je ne pouvais pas me déplacer)
Paul est un de mes chanteur préféré
Et c’est un honneur de le recevoir
MERCI PAUL
24 juillet 2008 à 23:39
Oui il aurait parlé français pareil sans la controverse. À Kiev il a bien parlé russe. Bref, je pense qu’il s’en est pour ainsi dire, tabarnaqué de notre controverse
25 juillet 2008 à 0:00
Même avis que Brem.
Il aime simplement les langues.
Et, il fait tout ce qu’il peut pour s’intéresser à la culture, pour son plaisir.
Avec sa fortune, il n’a plus besoin d’argent: il chante parce qu’il a le feu sacré.
Je m’en fous de cette soi-disant contreverse.
Ce ne sont qu’une bande de xxx qui l’ont introduite.
25 juillet 2008 à 0:10
Je ne suis pas si sûr qu’il s’en soit tabarnaqué!
S’il se souciait du contexte dans lequel il donnerait son spectacle avant même la controverse, alors il a certainement dû s’en soucier après avoir été mis au courant de celle-ci. Il a plutôt fait avec, selon moi.
Je serais curieux de savoir s’il a le moindrement envisagé de brandir le drapeau du Canada à la place du fleurdelisé?
Je crois que les organisateurs de Québec ne lui en ont pas laissé le temps. Il a seulement, en toute fin de spectacle, porté un coupe-vent probablement confectionné par Roots avec le mot “QUÉBEC” en gros, et un petit “Canada” dessous.
Et je crois qu’il n’a dit “Canada” qu’une seule fois.
25 juillet 2008 à 10:34
@brem
Je pense à ça. N’es-tu pas de Lévis, ou de ses environs? Comment ça c’est passé là-bas? Y es-tu allé sur ce site qui pouvait contenir 100 000 personnes?
26 juillet 2008 à 12:42
Non, je me suis rendu à Québec vers 18h… évidemment, je suis resté “pogné” en arrière de la scène, sur le haut de la colline à regarder les écrans géants entre deux sandwiches effoirés
Bref, c’est comme si j’avais regardé le show à partir de Lévis, mais sur les plaines
3 août 2008 à 22:54
Pour revoir la chanson qui a fait vibrer les plaines:
Live and let die
Et ensuite Hey Jude
4 août 2008 à 10:41
Merci Ludo!
4 août 2008 à 23:22
La chef du PQ Pauline Marois passe l’éponge sur la controverse McCartney
14 août 2008 à 18:12
Une lettre au lecteur parue il y a une couple de semaines dans le Devoir:
La dernière phrase…
Et bien, tout indique que c’est faux: McCartney faisait déjà des efforts dans ce sens avant la lettre d’Archambault et la controverse qui a suivi.