La babélisation du Québec
J’aurais pu écrire exactement la même chose,
mais c’est Joseph Facal qui l’a fait.
La babélisation du Québec
Les unes après les autres, les preuves s’accumulent. Mais nous continuons à nous laisser endormir.
Moins de la moitié des allophones utilisent le français dans leur vie de tous les jours.
La francisation de ceux qui ne sont pas d’origine latine - les Chinois, les Indiens, les Slaves - stagne autour de 15 % et n’a pas fait de progrès depuis… 30 ans
Qui nous dit cela ? Non, pas la Société Saint-Jean-Baptiste, mais le Conseil supérieur de la langue française, un organisme gouvernemental qui ne s’est pas distingué ces dernières années par son alarmisme.
Cela n’a pas empêché le gouvernement libéral, avec l’appui du Parti québécois, d’augmenter à 55 000 le nombre d’immigrants reçus chaque année, tout en retardant la publication d’autres données très inquiétantes et en clouant au pilori quiconque osait se questionner.
Le Conseil supérieur nous dit qu’il faut «agir d’urgence» et «massivement». La ministre Saint-Pierre, dont on a pu apprécier la vigueur, trouve cela «intéressant» et nous rappelle qu’elle agit «déjà». Ça vous rassure ?
LE MIROIR
Pour la millième fois, il faut redire que ce ne sont pas les immigrants qu’il faut montrer du doigt. C’est nous qui devons nous regarder dans le miroir.
L’immigrant, même s’il prétendra souvent le contraire parce qu’il sait la «bonne» réponse à donner, vient ici pour refaire sa vie, pas pour mener à notre place un combat que nous-mêmes ne voulons plus mener.
Car voilà toute la question : avons-nous encore envie de nous battre pour cette langue ?
Dans sa tête, l’immigrant n’a pas choisi le Québec, sauf exception. Il a choisi le Canada et l’Amérique du Nord, où l’anglais règne en maître et où le français est une langue ultra-minoritaire. Vous émigrez en Espagne : vous apprendrez d’abord l’espagnol ou le catalan ?
C’est comme ça PARTOUT et depuis TOUJOURS : l’immigrant penchera logiquement, naturellement du côté du groupe majoritaire, parce que c’est là que se trouvent les opportunités.
La situation du français en Amérique sera toujours délicate, mais si vous ne voyez pas le lien entre la condition minoritaire des francophones au Canada - et donc le statut politique du Québec - et l’avenir du français, c’est parce que vous ne voulez pas le voir.
À l’extérieur de la région métropolitaine, le français ne semble pas menacé, donc on s’en fout. La question linguistique y est vue comme une «patente montréalaise». Mais quand Montréal aura basculé, le compte à rebours s’enclenchera pour le reste du Québec.
DÉMISSIONS
Voyez aussi toutes ces petites démissions qui en disent si long. Nous passons immédiatement à l’anglais pour avoir l’air gentils et ouverts, où parce que c’est plus rapide pour nous faire comprendre… chez nous Nous regardons comme des excentriques ceux qui se battent encore pour cette langue. Nous laissons faire un gouvernement qui ne veut surtout pas prendre ce taureau par les cornes, de peur de déclencher une crise qui nuirait à ses intérêts partisans.
Nos petits-enfants nous poseront un jour la question : pourquoi avons-nous laissé faire ? Et si vous répondez en français, il n’est même pas dit qu’ils vous comprendront.
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4 juillet 2008 à 20:17
Vous dites
Croyez-vous qu’ils apprennent plus l’anglais?
Je crois que beaucoup d’entre eux ne savent ni l’une ni l’autre des deux langues.
4 juillet 2008 à 21:19
Ah, ah! Je me doutais que ce billet vous titillerait, koval. Mais c’est une chronique de M. Facal, même s’il écrit ce que je pense à la lecture des chiffres récemment publiés.
C’est un peu ce que je vous disais dans notre autre échange: si la situation du français ne périclite pas, elle stagne depuis quelques années, et si elle n’est pas pire, c’est uniquement grâce à l’augmentation de l’immigration francophone.
À savoir s’ils parlent anglais ou pas, ces Slaves, Chinois et Indiens, c’est tomber dans les suppositions que vous disiez ne pas aimer faire. Faudrait lire le rapport plus en détails! Mais je suppose que pour les Indiens, où la langue de l’ancien colonisateur est fortement enseignée, oui, ils parlent anglais. Surtout si je me fie à mes expériences avec les restaurateurs indiens! Et j’ai connu des Polonais qui n’avaient appris le français qu’en sortant de la région de Montréal, mais dont tout le reste de la famille demeurée dans la métropole parlait plutôt l’anglais, quand ce n’était pas le polonais bien sûr.
4 juillet 2008 à 23:19
Je suis bien d’accord pour mettre plus de moyens pour que ces gens finissent par parler français. Ils en seront peut-être les premiers contents.
Remettre l’argent (qui a été enlevée) dans les programmes de francisation. En ajouter s’il le faut.
Ce n’est pas une dépense mais un investissement rentable économiquement et socialement.
5 juillet 2008 à 7:29
C’est le ton inquiétant qu’on prend pour parler de ça qui m’agace. Tous les discours qui invoquent les petits enfants pour nous braquer, j’en prends et j’en laisse.
Voici les chiffres de statistique Canada sur la connaissance des langues. Connaissance des langues signifiant : « Pouvoir soutenir une conversation en français seulement, en anglais seulement, en français et en anglais, ou dans aucune des deux langues officielles. »
Ça donne 6692 personnes qui ne connaissent ni français, ni anglais et 336 849 qui s’expriment en anglais surtout concentrés à Montréal bien sûr. Donc 94.5% de la population peut s’exprimer en français.
Je veux bien qu’on y voit, mais sortir les p’tits enfants comme argument pour appuyer ce discours ! Je crois qu’il faut faire très attention à ne pas braquer la majorité contre une minorité quand on est responsable et qu’on a une tribune et une crédibilité comme Facal possède. Ces petites phrases qu’on échappe ont des répercussions qui ne sont pas toujours des plus heureuses. Tout cela paraît très anodin, mais moi j’aime pas du tout ce ton qui ne sert à rien sauf peut-être exacerber la fibre identitaire de certains ultranationalistes enragés. Parlons-en et agissons maintenant mais de grâce, sans prise en otage des petits enfants.
Avant Taylor Bouchard je ne pensais pas comme ça mais avec ce que j’ai vu à B-T et chez les adéquistes je commence à douter et à être plus critique par rapport à certains discours.
Je n’ai pas compris pourquoi on a protégé le plouc d’Hérouxville. Les médias s’obstinent encore à savoir si ce gars est idiot ou non. Pourtant c’était bien un con non? Il me semble que j’ai encore la capacité de reconnaître un con quand j’en vois un! J’en reviens pas d’Hérouxville, vraiment beaucoup trop d’appuis pour quelque chose qui est de l’ordre de la bêtise humaine totale. Alors permettez-moi d’être un peu inquiète de voir des leaders parler sur ce ton.
5 juillet 2008 à 7:41
Je comprends que Facal fait de la propagande souverainiste et anti-Charest, mais si le prix de cette propagande risque de peut-être causer du tort aux minorité alors là, hummmmm, j’aime pas du tout. Il ne doit pas prendre ce risque s’il est responsable.
Tout compte fait, j’aime de moins en moins ce mec.(Je l’aimais déjà plus après son rapport de ce printemps pour saigner les Québécois)
5 juillet 2008 à 12:04
L’autre fois, dans notre autre discussion, j’ai failli utiliser moi aussi cette image des enfants de mes petits-enfants qui ne comprendraient pas ce que j’aurais écrit ou laissé d’autre comme héritage en français. C’est un fait qu’une des motivations à faire la souveraineté du Québec est la crainte que notre culture francophone d’origine canadienne-française soit submergée et diluée dans cet environnement anglophone qu’est l’Amérique. Faut quand même pas se fermer les yeux et s’imaginer dans un monde avec Bambi et des éléphants roses volants! Les Québécois avaient cette crainte avant la Loi 101, et il n’y a encore aucune raison de ne pas le craindre trente ans plus tard! Les chiffres que vous citez disent qu’il n’y a eu aucun changement en cinq ans, ce qui n’est pas bien grave en soit, mais c’est sur la durée que ça nous intéresse!
Je n’ai pas lu le rapport de l’OQLF, en qui j’ai confiance, mais j’ai lu l’article du Devoir que je vous avais pointé, en qui j’ai aussi confiance:
Me semble que c’est clair!
Et Facal, originaire d’Uruguay en passant, le dit clairement, avec exaspération même, qu’il ne faut pas blâmer les immigrants. À un moment donné… Vous qui aimez nommer un chat, un chat! Facal ne tient pas le même discours que Dumont et ne parle pas d’accommodements déraisonnables, mais de langue. J’avoue que d’une manière ou d’une autre, ça rejoint le malaise identitaire dont ont parlé Taylor et Bouchard et qu’il faut faire attention. Je vous comprend donc: j’ai tout de suite craint que Dumont ait ouvert une boîte de Pandore l’an dernier, mais à part les élucubrations de quelques morons plus pitoyables qu’autre chose, ça n’a pas été si pire que cela quand même! Quoiqu’on ne connaisse pas encore toutes les répercussions de cette hystérie collective et de la tentative de la calmer!
Ce que j’écrivais en novembre 2006:
5 juillet 2008 à 12:59
Va me falloir y revenir. Je discerne dans vos propos, koval, des contradictions, dans les miens aussi.
Mais je pars pour Québec. Aujourd’hui, j’ai les ailes d’un ange, comme chantait Charlebois!
5 juillet 2008 à 16:38
Je ne comprends pas cette crainte.
Les péquistes affichent tous des identités de «bailingues» à l’image de Justin Trudeau. Et des appartenances canadian, en maintenant l’anglo-américain obligatoire à l’école française de 6 à 20 ans. Sinon pas de diplôme. Ainsi que le maintient de ce régime d’apartheid canadian, une deuxième société d’accueil anglo-canadienne paralelle et indépendante aux frais de la majorité française.
Quand l’on voit et entend la cheffe du PQ, Pauline Marois, changer de langue et répondre en anglo-américain, sans accent français, aux journalistes de la CTV, lors des cérémonies du 400 à Québec, ça me remémore Justin Trudeau et la politique de son illustre père. Il n’y a plus de distinction entre québécoise et canadienne. C’est de la canadienne.
Cette souveraineté maroiiste et ses semblables, ressemble étrangement à une image d’un New Brunswick indépendant. Deux langue et deux cultures. Quel est l’avantage de réaliser la séparation, alors ?…
ch
7 juillet 2008 à 0:31
Pauline Marois parlait sans accent au 400e? Alors elle s’est grandement améliorée! On s’était moqué d’elle sans vergognes, il y a quelques mois, suite à une conférence de presse où elle avait tenté de répondre à une question en anglais! Cherchez sur YouTube, les anti-pékisses n’ont pas râté une occasion de se foutre de sa gueule! Je comprendrais Marois d’avoir ensuite suivi des ateliers de conversation anglaise!
Si vous voulez connaître mon opinion sur le bilinguisme, c’est par ici et par là. Si j’étais à la place de Marois, ou si j’étais chef du gouvernement québécois, je ne parlerais que le français et je m’adjoindrais des interprètes, voilà! Et je me suis immédiatement dit en désaccord avec l’affirmation plus ou moins bien rapportée de Marois selon laquelle tous les Québécois devraient devenir bilingues. Alors ce n’est pas elle qui va m’empêcher de rêver à un Québec souverain et francophone. Et, malheureusement, il ne faut surtout pas trop se fier à elle pour bien représenter les souverainistes!
8 juillet 2008 à 9:29
@Martin
Je déplore les discours très affirmatifs à l’effet qu’on va disparaître dans 50 ans. Ce qui devient un mantra Québécois. La première fois que j’ai entendu ça, c’était de Pierre Falardeau il y a 5 ans. Ça m’avait secouée mais venant d’un pamphlétaire, j’ai relativisé.
Je ne crois vraiment pas à ça, à moins qu’on travaille très mal et contre nous. Faudrait être vraiment des imbéciles pour disparaître dans 50 ans. Si c’est le cas (nous sommes imbéciles) nous ne mériterons que ça (de disparaître), comme toutes les cultures trop faibles. J’ai trop une grande estime pour ce que nous sommes pour croire à des idioties pareilles.
Quant à Marois, je considère qu’elle doit être bilingue pour occuper sa fonction étant donné le dialogue et les négociations féroces que le PQ entrevoit avec Ottawa.
Si on se comporte avec notre langue comme les Ontariens, notre culture sera assurée, et les immigrants apprendront plus vite le français. (Je ne nie pas que quelques ajustements légaux puissent être nécessaires).
À 94.5% de gens connaissant le français, je considère que le Québec est un des pays les plus unilingues au monde.
8 juillet 2008 à 13:29
C’est sûr que l’avenir est imprévisible. Et certainement que 50 ans est trop court pour une “disparition de la culture canadienne-française”. Sans compter que même si le Québec en venait à ne plus compter une seule personne parlant français, il est probable que la poutine et certains autres éléments de notre culture perdureraient.
Pierre Falardeau devait dire ce qu’il disait bien avant le moment où vous l’avez entendu, car cette crainte de la disparition de notre culture était la préoccupation première des souverainistes depuis le début du mouvement et, je crois bien, le thème principal du premier référendum. Avant la loi 101, il y avait certainement de quoi s’inquiéter dans la région de Montréal! Peut-être pas à Québec et au Lac Saint-Jean, mais à Montréal et sur toute la péripéphérie du territoire québécois, l’anglais progressait au détriment du français. Évidemment, ça ne voulait pas dire qu’un francophone se transformait du jour au lendemain en anglophone! Mais ça voulait dire des mots anglais, des tournures de phrases anglaises, plus de consommation de produits américains, etc. Suffit de regarder n’importe quel film du début des années 70 avec Jean Lapointe pour constater la piètre qualité du français des montréalais d’alors!
Vous répétez, comme un mantra (tant qu’à utiliser encore ce mot) votre chiffre de 94,5% de Québécois qui connaissent bien le français. Je ne l’ai pas encore validé et j’en doute. À ma connaissance, les francophones comptent pour 82% des Québécois et beaucoup d’anglophones barragouinent à peine ou même pas du tout le français. Je crois que les anglophones parlent plus français que jamais, mais je doute fortement que ce soit 94,5% des Québécois qui peuvent effectivement soutenir une conversation en français, à moins que conversation signifie pouvoir commander un hot-dog. Je ne connais pas en détail la méthode de Statistiques Canada, mais à ce que je sache, ce sont les répondants eux-mêmes qui affirment si oui ou non ils sont capables de parler telle ou telle langue. Dans un pays qui valorise à l’excès le bilinguisme, il y a de fortes chances que des gens de Québec qui parlent jamais l’anglais, mais écoutent des films américains, prétendent maîtriser l’anglais. Et il y a de fortes chances que beaucoup de Montréalais anglophones prétendent pouvoir discuter en français sans plus le faire. Ne pas être bilingue est mal vu au Canada, ne pas connaître la langue internationale qu’est l’anglais est mal vu, et il est mal vu de ne pas parler français au Québec. Pour moi, ce sont des raisons suffisantes pour se méfier de ces chiffres s’ils sont basés sur des déclarations volontaires. Moi-même, puisque je n’en fait pas de complexes, je ne me prétend pas bilingue même si je peux lire à peu près tout, même des thèses universitaires ou des manuels très techniques, en anglais.
Marois peut être ou ne pas être bilingue dans la vie, peut avoir à négocier ou pas avec “les Anglais”, ça ne change en rien le fait que le chef de l’État québécois pourrait faire comme la quasi-totalité des chefs d’États et se contenter de donner des conférences de presse et des discours dans la langue officielle de l’État. Je suis loin d’être convaincu que les Américains qui négocient des affaires au Japon le font directement en japonais. Je suis loin d’être convaincu que l’ALÉNA n’a été négociée que par des gens parlant et le français, et l’anglais et l’espagnol! Autrement dit, Marois n’a aucunement besoin de parler elle-même l’anglais ni dans sa fonction actuelle, ni dans celle éventuelle de Premier Ministre, ni dans celle d’une Premier Ministre devant négocier avec le Canada anglais. Suffit de bons interprètes, et en théorie, il devrait y en avoir plein le Québec et plein l’Ontario. Je le réaffirme: on n’a pas besoin d’être bilingue pour réussir dans la vie, et au Québec la connaissance de l’anglais ne devrait pas être nécessaire non plus.
Les francophones de l’Ontario survivent encore en tant que francophones, mais pour combien de temps? Ils représentent 5% de la population ontarienne, profitant du fait qu’Ottawa et la plupart des appareils gouvernementaux se doivent d’être bilingues, regroupés dans des villages du Nord de l’Ontario. Quand leurs enfants iront travailler en ville, et qu’ils auront des enfants et ceux-ci des enfants, ces derniers connaîtront-ils même un seul mot de français s’il n’est pas déjà dans le dictionnaire anglais? J’en doute aussi très fortement pour la simple raison que nos ancêtres canadiens-français émmigrés dans un milieu anglophone, surtout en Nouvelle-Angleterre, ont oublié le français en trois générations à peu près. Pour la simple raison que le français en Louisiane et ailleurs, s’il n’est pas complètement disparu, est créolisé est n’a plus qu’une valeur folklorique.
Sans la pression nationaliste des dernières décennies, nous serions déjà plus près d’une dangeureuse marginalisation des francophones. C’est bien sûr que même dans les pires conditions, le Saguenay et la région de Québec ne sont pas près de devenir anglophones ou même créoles. Mais en Estrie, en Beauce, en Outaouais, à Montréal, dans le Nord québécois où les Amérindiens ne parlent pas français… Le “pays du Québec”, celui d’origine canadienne-française qui aurait pu devenir un vrai pays à la face du monde, ne serait alors réduit qu’à peau de chagrin.
8 juillet 2008 à 14:44
Les données sur les langues officielles se fondent sur une auto-évaluation par les recensés de leur capacité de parler les deux langues officielles.
Il s’agit de la même question qu’aux recensements de 2001, de 1996 et de 1991.
Les instructions suivantes étaient fournies aux recensés dans le Guide du Recensement de 2006.
Référence, stat can voici le lien.
Voici le tableau correspondant pour mon mantra de 95.4%.
Remarquez la question tout de même assez précise. “Soutenir une conversation assez longue sur divers sujets dans cette langue”. J’ai à peu près le même niveau que vous en anglais et j’aurais coché non pour l’anglais.
Il y a possiblement quelques surévaluations sur la connaissance du français si certains anglophones se déclarent trop facilement bilingues. Admettons que vous ayez raison et que sur les 20% d’anglos, une personne sur 5 soit malhonnête sur ce sujet, ça nous donne encore un taux de 91% de gens qui connaissent bien le français. En fait, quand vous dites que la province est constituée de 20% d’anglos, moi je n’ai aucune difficulté à croire que les 3/4 de ces gens sont bilingues. Donc on a 80% de franco et 15% d’anglos bilingues. Ça donne pas mal 94.5%. Je crois vraiment que ces chiffres sont réels.
C’est basé sur le sondage de un cinquième de la population (le formulaire détaillé). Ce sondage comprend donc environ 1.5 million de Québécois.
Si vous qualifiez ces chiffres de non valables, je ne sais pas comment on va mesurer tout ça. Un mantra Stat Can! pfff
Deuxième point, je reconnais complètement le travail qu’a fait le PQ pour la langue, le changement de cap à l’époque était nécessaire. Je vous parle du présent et du futur.
Troisième point. Quand je parlais de l’Ontario, ce n’était pas des francophones, j’aurais du être plus claire. Je parlais des anglais qui ne parlent jamais en français pour se trouver “in” devant les autres.
Quatrième point, Mme Marois pourrait être premier ministre sans être bilingue, je suis d’accord finalement, ce n’est pas ça qui changerait mon avis sur elle.
Cinquième point, les arguments et slogans du référendum 1980 étaient à mon souvenir des trucs positifs comme « À partir d’aujourd’hui, demain nous appartient », la fierté québécoise. Je ne me souviens pas avoir entendu les propos populistes ambiants actuels de la part René Levesque. En tout cas, il me semble que le message public à cette époque n’était pas basé sur la peur. À cette époque, seuls les Témoins de Jéhovah nous faisaient peur avec ça.
Désolée, je n’embarque pas dans ce discours populiste.
Servez-moi autre chose (je parle aux politiciens).
9 juillet 2008 à 15:55
Je parlais de mantra car vous avez répété le même chiffre plusieurs fois et qu’il semble vous rassurer au point de rien voir de précaire dans la situation minoritaire des francophones d’Amérique! Et je n’ai fait qu’aller mon gros bon sens plutôt que de vous croire, vous et Statistiques Canada, sur parole. Mais les chiffres semblent convaincants avec vos commentaires. C’est quand même drôle qu’on n’entende que de l’anglais au centre-ville et dans plusieurs quartiers multi-ethniques de Montréal. Ça doit n’être qu’une illusion sonore!
Oui, le premier comme le dernier référendum avaient un slogan officiel positif. C’est bien sûr que la peur ne fait pas un très bon argument, en tout cas elle ne doit pas être le seul, surtout si on dénonce la campagne de peur des fédéralistes! Mais elle existait, avant même le PQ, je ne l’ai pas inventée! Et elle existe et existera encore car les tendances démographiques n’ont pas changé radicalement en quarante ans! Imaginez quelques instants le Québec une fois les babyboomers d’un autre monde. Moi, ça ne me rassure pas du tout. Ce n’est pas du populisme que d’avoir une telle crainte, seulement de chercher à vendre de la copie ou à se faire du capital politique en l’alimentant. Mais ça ne veut pas dire non plus qu’on doit taire cette peur et tomber dans l’angélisme par crainte de passer pour populiste!
Hier, sur les Plaines, à Québec, j’ai vu le groupe californien Primus dont le chanteur disait regretter de ne pas pouvoir nous dire en français de continuer à nous tenir debout. Le grand-père du guitariste était un francophone, mais le guitariste n’en parle pas plus le français aujourd’hui! J’ai de la famille Beaudin qui a quitté pour la Nouvelle-Angleterre au moment de la Crise. Seuls les plus vieux comprennent encore le français, les petits-enfants, pas un mot. C’est un fait maintes fois démontré par l’histoire que ça ne prend que quelques générations pour qu’une culture minoritaire s’efface presque totalement. Je ne répéterai pas les nuances que j’ai faites plus haut, mais, oui, l’anglais menace notre culture à plus ou moins long terme. Si vous n’admettez pas ça, koval, c’est moi qui va faire “pffffffffff” et vous recommander de chercher des statistiques sur l’origine des produits culturels que consomment les Québécois.
Je comprends vos propos, et quand, plus haut, j’écrivais déceler des contradictions dans les miens, c’est que j’ai constaté que je dénonçais comme vous le populisme lorsqu’on parlait d’accomodements raisonnables, mais pas pour des propos semblables sur la question de la langue. Je vais essayer de voir pourquoi…
9 juillet 2008 à 21:51
Vous dites
Sûr que cette minime proportion d’anglais unilingues est pas mal concentrée à Montréal. En passant, à Sherbrooke, on n’entend jamais parler d’irritants par rapport aux langues.
Vous dites aussi
Mais elles ne changeront jamais! Sous aucune loi!
Nous serons toujours noyés dans une mer d’anglais!
10 juillet 2008 à 11:14
Franchement, plus j’y pense, plus je trouve douteuse la méthode pour évaluer l’usage des langues et en arriver à ce 94,5% des Québécois qui “peuvent parler français”. Je me demande bien comment à Chicoutimi on peut prétendre pouvoir “soutenir une discussion assez longue en anglais”, par exemple. C’est bien beau les cours d’anglais au secondaire, mais de là à prétendre pouvoir faire ce qu’on ne fait jamais! Les anglophones sont également obligés de suivre des cours langue seconde, mais en français évidemment, et peuvent aussi prétendre pouvoir parler français sans plus le faire! Quoique, oui, à Montréal, ils sont plus confrontés au français qu’un Saguenéen à l’anglais. Sans qualifier ces répondants de malhonnêtes, ils peuvent sincèrement croire qu’ils peuvent soutenir une conversation dans l’autre langue officielle, sans que ça veuille dire grand chose. La catégorie “peuvent parler anglais et français” m’apparaît donc pour le moins suspecte! Il y a une différence entre penser pouvoir le faire, pouvoir le faire et le faire!
Je ne doute pas qu’en dehors de la région de Montréal, le français soit dominant et très solide. Mais à Montréal et en Outaouais ou le sud des Cantons de l’Est, je suis pas si sûr. À Montréal, je vis en français sans problèmes depuis huit ans, mais je suis dans l’Est. Dépendant des jours et des lieux que je visite, j’ai parfois l’impression que le français est dans le trouble, mais la plupart du temps non. Quand je vais au cinéma anglophone Paramount, par exemple, je commande mon maïs soufflé en français et on me sert en français. Comme je l’ai déjà écrit, j’ai quand même l’impression qu’on parle plus anglais dans mon quartier que quand j’y suis arrivé. Et je ne travaille pas non plus dans une usine ou un restaurant avec des immigrants, alors je suis mal placé pour juger de la situation dans ces lieux.
C’est pas seulement moi qui dit qu’il faut être vigilant sur la situation du français sur l’île de Montréal:
J’ai aussi entendu dire, lors de la manifestation du Mouvement Montréal Français, que la fréquentation des collèges anglophones augmentait tandis que celles des collèges francophones diminuait. Je ne suis pas prêt à conclure que tout va bien dans le meilleur des mondes et je ne crois surtout pas Christine Saint-Pierre qui le dit. Si le CSLF dit qu’on doit se préoccuper de certaines tendances et agir massivement et de toute urgence, je suis d’accord avec Facal pour lui prêter attention.
10 juillet 2008 à 14:43
Vous oubliez de mentionner les 3 paragraphes de Simon Langlois qui sont très positifs dans l’article que vous m’indiquez. J’ai bien aimé aussi l’analyse de Bouchard-Taylor sur la situation linguistique qui recoupe ces propos et vont même plus loin.
Voici le premier paragraphe de l’article qui a mis le feu aux poudres ce printemps, à mon avis, sur la situation linguistique à Montréal.
Source: http://www.montrealfrancais.org/node/617
Dans la première phrase, on ne parle pas de capacité à utiliser le français mais de langue maternelle ça revient à parler d’origine donc d’ethnicité. Tout est confondu, ethnicité et utilisation de la langue. Ce fameux chiffre (en bas de 50%) en a fait sursauter plus d’un.
À mon avis, ce chiffre a relancé le débat linguistique. C’est ridicule ! Nous ne pouvons pas agir sur ces chiffres. La langue d’origine ne se change pas.
Avec l’immigration qui remplace environ la moitié des naissances québécoise et qui débarque à Montréal, faudrait pas s’étonner que la satistique “langue d’origine” régresse avec le temps à Montréal.
C’est pas pour vous narguer, mais au regroupement du MMF il y avait à peine 100 personnes. La cause ne semble pas créer l’unanimité, c’est le moins qu’on puisse dire.
Les erreurs possibles que vous invoquez sur le 94.5% ne valent que pour les anglos qui se disent bilingues. Pour les francos qui se disent faussement bilingues nous savons qu’il connaissent bien le français donc ils ne nous préocuppent pas.
12 juillet 2008 à 10:27
J’y étais à cette manifestation de Mouvement Montréal Français. Il y avait peu de monde en effet, mais quand même plus de 100 personnes quand j’y suis arrivé, vers la fin. C’était fin de semaine de Grand Prix et ça avait été bien peu publicisé… Parmi la foule, à peu près juste des Québécois “de souche”, comme par hasard.
Étonné ou pas, on peut s’émouvoir que le français comme “langue d’origine” régresse à Montréal et conséquemment au Québec. Et quand on n’est pas sûr si ces non-francophones utilisent vraiment le français au travail, comme c’était le cas au moment de la sortie de ces premiers chiffres, il y a de quoi s’inquiéter. Même avec “vos” nouveaux chiffres, il n’y a pas de quoi pavoiser. Au mieux, en mettant des lunettes roses, on peut dire que le français ne régresse pas depuis 5 ans (wow!), que plus d’immigrants parlent français (merci aux immigrants francophones du Maghreb) et qu’il y a progrès dans les grandes entreprises (ce qui concerne la minorité des travailleurs).
On pouvait reprocher à Dumont, dont on fait dire plus qu’il ne dit, de prendre position pour un gel des seuils d’immigration avant que les chiffres soient bien connus et analysés. Mais on peut être d’accord avec lui et d’autres pour ne pas les augmenter si on n’est pas sûr d’avoir les moyens de correctement franciser les nouveaux arrivants.
Vous devriez cesser de tenter de me convaincre, koval, si votre but est uniquement de me convaincre, car plus j’en discute avec vous, moins je suis rassuré. Vous me semblez donner raison à Facal qui écrivait ci-haut: “À l’extérieur de la région métropolitaine, le français ne semble pas menacé, donc on s’en fout.” Je comprends vos nuances quand à la langue maternelle et celle du travail, mais dans ce dernier cas, non, ça ne me semble pas très bien aller. La moitié seulement des allophones qui travaillent “le plus souvent” en français à Montréal, ça ne me satisfait pas. Si en plus, on y délaisse les collèges francophones pour les anglophones, dans le contexte actuel c’est déjà préoccupant pour les années à venir. Je parle de 10 à 20 ans. Et à moyen terme, en tenant compte des courbes démographiques, ça parait pire. Si rien n’est corrigé et qu’on augmente l’immigration, à moins qu’elle ne soit que francophone, on peut imaginer que le portrait du français sur l’île de Montréal sera beaucoup moins reluisant d’ici 50 ans.
Bref, ça pourrait être pire, mais ça pourrait être mieux. Et si ce n’est pas pire, c’est presque uniquement grâce à l’augmentation récente de l’immigration francophone.