Google et mon cerveau
Le blogue de Tristan Péloquin parlait récemment d’un phénomène que j’ai observé sur moi-même depuis quelques temps. Alors que plus jeune, avant l’ère d’Internet, je lisais des romans de plusieurs centaines de page, consultait régulièrement dictionnaires et encyclopédies, lisait quotidiennement les journaux, aujourd’hui j’ai beaucoup de difficulté à lire un texte qui s’étire sur plusieurs pages. Je suis tellement habitué à scanner les pages Web à la recherche de l’information pertinente, que lorsque j’essaie de plonger dans un roman, je saute des lignes, des paragraphes, je reviens en arrière… Bref, je ne suis plus capable de me concentrer pour suivre le lent fil de l’auteur. C’est moins pire lorsque je tombe sur un ouvrage de philo ou de vulgarisation scientifique assez dense, mais pour la littérature romancée, les efforts des auteurs même les plus talentueux ne suffisent plus à conserver mon intérêt. Et je constate régulièrement sur la blogosphère québécoise que certains commentateurs se plaignent de textes trop longs, alors que ceux-ci ne comptent sommes toutes que quelques paragraphes.
M. Péloquin cite en fait le billet de Nicolas Carr qui demande “Is Google making Us Stupid?”. Depuis quelques temps, plusieurs confessent le même “problème” alors que les études sur le sujet se font attendre. J’écris “problème” entre guillemets car en est-ce bien un? Dans son (trop?) long texte, Carr fait un peu d’histoire pour montrer que, selon la sociologie, les technologies ont toujours influencé notre rhétorique, voire notre façon de penser.
Une autre étude récente présentait autrement le phénomène: nous serions nombreux en situation d’overdose d’information, fatigués, brûlés devant tant d’éléments à assimiler. J’aime mieux croire que je deviens un pro du power browsing, comme le dit Carr, que de penser que je suis épuisé par l’information. Mais je dois dire que ces jours-ci, à voir les insignifiantes manchettes de Canoe, LCN et TVA, la multiplication des opinions autant chez les blogueurs qu’à la télévision, à entendre certains de mes amis répéter presque mot pour mot les argumentaires de grandes gueules populistes, j’en ai un peu ma claque de toute cette “information”. À mon avis, au Québec, l’information perd en qualité et il y aurait tellement à critiquer, à nuancer, que ça me prendrait tout mon temps pour le faire. Or, régulièrement, je songe à ne plus bloguer, malgré certaines offres m’encourageant à le faire plus. Pourquoi augmenter tout ce bruit qui en vient à masquer les enjeux de fond?
Dans le milieu où je travaille, la veille technologique en éducation, on commence à parler de nouvelles théories de l’apprentissage. Après le socio-constructivisme que nous ont enfoncé dans la gorge les penseurs de la Réforme afin de remplacer l’approche behavioriste, on commence à parler de connectivisme. Avec l’émergence d’Internet en général, et des réseaux sociaux en particulier, une certaine intelligence résiderait dans les regroupements d’internautes, dans les réseaux, en dehors des individus en quelques sortes. Peut-être qu’après des décennies de tendance individualiste, la population humaine devient-elle, sous l’influence d’Internet, une grosse ruche d’abeilles à l’intelligence collective? Ou peut-être aie-je une araignée au plafond?
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20 juin 2008 à 20:13
Ce qui est certain, c’est qu’on ne peut pas revenir en arrière…
Une araignée dans le plafond? Nan…
Je vais arrêter d’écrire, ça commence à être long!
30 juin 2008 à 20:26
C’est bizarre, mais dans mon cas, c’est sur le web que je coupe les coins. Par exemple, je saute quelques fois les commentaires trop longs.
Pour ce qui est des romans, c’est quelque chose que je fais pour le pur plaisir de lire, alors je n’ai aucune difficulté à savourer chaque ligne d’un bon roman. D’autant plus que ça passe le temps sur l’autobus.
1 juillet 2008 à 10:39
Mes commentaires sont presque toujours très longs!