Bientôt le rapport
Au moment où je serai en train de regarder le dernier Indiana Jones, les journalistes seront en train de lire le rapport de la Commission Bouchard-Taylor.
Je suis de ceux qui ont acheté la Gazette le week-end dernier, titillé par le sous-titre “Learn more English - Be nicer to Muslims - Get better informed“. D’accord pour être plus gentils avec les Musulmans: je suis sûr qu’ils souffrent beaucoup du 11 septembre 2001 et les morons d’Hérouxville ont bien illustré l’ignorance à leur égard en interdisant la lapidation. D’accord pour être mieux informés. Je vis des technologies de l’information, j’en mange. J’achète Le Devoir et La Presse le samedi, je lis Canoe et Cyberpresse et écoute la radio de Radio-Canada le reste de la semaine. J’étais d’accord avec le propos politiquement incorrect de Bouchard à propos de ceux qui ne s’informent qu’à TVA et TQS. Je crois effectivement que ceux qui ne s’abreuvent qu’à ces sources manquent tout un pan de la réalité, surtout avec les débats binaires et malsains que ces deux réseaux se faisaient un plaisir de lancer. Mais c’est pas tous les gens qui ont le temps nécessaire pour demeurer bien informé. Plusieurs ont pris cela comme une insulte, mais c’est vrai que plusieurs parlaient des accommodements raisonnables à travers leur chapeau, sans même rencontrer des immigrants dans leur vie quotidienne et en ne se fiant qu’à quelques manchettes accrocheuses et… certaines déclarations politiques opportunistes.
J’étais aussi un des rares à défendre les commissionnaires, faisant confiance aux intellects des Taylor et Bouchard, tout en sachant que le premier était un chantre du multiculturalisme (ou de l’interculturalisme pour être précis) et que le second revisitait l’histoire du Québec en insistant sur son américanéité. J’ai été soufflé de voir à quel point plusieurs se méfiaient de cet autre complot du Plateau en constatant que les chercheurs associés à la Commission étaient tous des Montréalais. Bouchard est un bleuet et les sociologues spécialistes de l’immigration se trouvent là où il y a de l’immigration, mais bon…
J’ai moi aussi mes craintes sur les éventuelles conclusions du rapport Bouchard-Taylor. Si le rapport dit bien “apprenez plus l’anglais”, je serai résolument contre cette affirmation. Si le rapport ne dit pas que les Québécois sont tolérants, je ne serai pas content. Oui, il y a eu quelques morons plus ignorants que malfaisants. Oui, il y a eu des excès de langage sur les lignes ouvertes. Mais je crois profondément que le peuple Québécois est un des plus tolérant qui soit. C’est sa nature, héritée de la sagesse amérindienne et de la conquête anglaise. Nous sommes un peuple de moutons, bordel! Des porteurs d’eaux qui n’osent même pas parler trop fort.
Je crois que la Commission devrait dénoncer certaines méthodes journalistiques, certaines enflures médiatiques. Et si elle ne parle pas de la méfiance malsaine des régions envers Montréal, elle passera à côté d’un gros morceau de l’explication sur cette “affaire” des accommodements raisonnables. Je ne crois pas qu’elle les fera, mais certains médias de Québec mériteraient quelques remontrances dans cette phobie anti-montréalaise qui devient dévastatrice pour la société québécoise francophone.
Si elle écrit, comme un autre journal le laissait entendre, que ce n’est pas parce que nous avons collectivement rejeté la religion dans les années soixante que ça nous donne le droit d’imposer ce choix aux nouveaux arrivants, elle se trompera. “De quel droit?” aurait demandé un des commissionnaires dans une version préliminaire du rapport. Du droit qu’on peut exiger des autres ce qu’on exige de soi-même, voilà! Évidemment, je ne veux pas dire qu’il faudrait interdire la pratique des religions. Par contre, elle doit demeurer strictement affaire privée. La Commission doit affirmer haut et fort les principes de laïcité. Une institution comme l’Assemblée Nationale devrait donner l’exemple et retirer ce foutu crucifix qui n’est apparu là que sous l’ère duplessiste.
Enfin. On verra. Le but de cette commission était surtout d’enlever le PLQ de Charest du pétrin en faisant sortir le méchant, pas de proposer un nouveau modèle de société. C’est commun en gestion de crise: on laisse les frustrés se défouler, puis… on ne fait rien.
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