The Cure

The Cure
14 mai 2008
Centre Bell

The Cure

C’est sous un coup de tête, à la dernière minute, que j’ai décidé d’aller voir The Cure, seul, sans appareil photo pour partager l’expérience, ni psychotropes pour l’altérer. Depuis que j’ai mon Kodak V570, je m’efforçais de l’amener avec moi à chaque concert, même si c’est habituellement interdit. Des fois, je pouvais filmer tant que je voulais, d’autres fois ça devenait une aventure, un jeu de chat et de souris avec les colosses de la sécurité. Dans tous les cas, ça occasionnait un stress, mais, surtout, tout le temps passé à viser en contemplant l’écran LCD de l’appareil me faisait paradoxalement manquer le spectacle. Trop soucieux de conserver des souvenirs d’un événement, je devenais plus étranger à cet événement! Alors j’ai décidé de ne pas traîner le Kodak en question. J’ai aussi souvent l’habitude me claquer un joint ou deux avant un spectacle, à l’entracte ou, quelques fois, si je suis chanceux, pendant la prestation. C’est de plus en plus difficile pendant un spectacle, surtout depuis qu’on ne peut plus fumer la cigarette. Et au Centre Bell, lors d’un spectacle des White Stripes, j’avais vu un fumeur se faire sortir assez énergiquement merci. Cette fois-ci donc, pas de prise de risques et une intention: savourer attentivement la venue de ce groupe mythique.

C’est en en 1986 que j’ai découvert The Cure, avec l’album The Head On The Door. J’ai énormément écouté la compilation de singles Standing by the Sea, parue cette année-là, mais qui comportait des chansons de presque tous les albums parus entre 1979 et 1985. À Québec, pour la plupart des gens autour de moi, même les plus branchés, c’était nouveau. Puis comme les meilleurs groupes même les plus étranges, The Cure devint immensément populaire, peut-être à partir de leur album double, Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me, paru en 1987, que j’ai aussi écouté à répétition. Mais ensuite, par snobisme peut-être, j’ai cessé de suivre le groupe de Robert Smith. Malgré les excellentes critiques à son endroit, je n’ai jamais acheté l’album suivant, Desintegration. Ensuite, je n’ai pratiquement plus prêté attention aux nouveaux essais du groupe. Vingt-deux ans plus tard, au Centre Bell, je m’attendais donc à entendre beaucoup de morceaux que je ne reconnaitrais pas. Mais un critique d’un des journaux culturels de Montréal avait écrit que le concert serait long et que les vieux classiques seraient là, mais au rappel.

J’ai choisi d’aller voir le spectacle après que le Réseau Admission m’aie proposé une place sur le parterre, la EE 19. Étant né le 19 septembre, j’ai exceptionnellement voulu y voir un signe, surtout en constatant sur le plan de la salle que la place était bien centrée face à la scène. J’avais vu les White Stripes puis les Beastie Boys à partir du parterre du Centre Bell, et j’avais alors trouvé le son et la vue tout à fait satisfaisants. Mais lors de ces deux premières expériences, il n’y avait pas de places attitrées, ce qui change sensiblement la donne, comme j’allais le constater.

Armé de mes deux premières bière payées plus de 20 beaux dollars, j’ai pris place entre un couple hispanophone et une dame alors seule, pour entendre les deux derniers morceaux du groupe en première partie. Je ne connaissais pas ce groupe et ne le connaît guère plus maintenant, mais leur prestation m’a confirmé que j’avais un bon siège. Vers 20h40, Robert Smith monta sur scène. J’étais parfaitement aligné avec le micro du chanteur. Tout le parterre se leva. Heureusement, les boys juste devant moi étaient plus petits que moi.

Robert Smith

Les Cure ont commencé leur prestation avec des morceaux que je ne connaissais pas. La voix de Robert Smith était d’abord trop faible, mais dès le troisième morceau, son niveau sonore était corrigé. Cette voix allait résonner toute la soirée, comme à la belle époque, comme si Smith n’avait jamais vieilli, seulement pris du poids. Ce troisième morceau en était un tiré de Pornography, un événement rare selon Nina que j’ai rencontrée quelques minutes plus tard au moment de fumer une cigarette à l’extérieur! Moi qui me pensais un connaisseur de la première période des Cure, je ne l’avais pas reconnue! Un autre morceau de Pornography serait joué en fin de partie principale.

À deux ou trois exceptions près, les Cure ont d’abord aligné les chansons de la période où je les avais ignoré: beaucoup de chansons de Desintegration, aie-je appris par la suite, et quelques nouveautés également, toutes clairement annoncées par Smith. L’atmosphère d’un spectacle des Cure, fondateurs du rock gothique, n’est certainement pas la plus joyeuse qui soit, mais le public semblait apprécier. Moi, ce ne fut que vers 22h00 que j’ai vraiment embarqué. Je ne reconnaissais pas plus la plupart des morceaux, mais le son me plaisait beaucoup, plus rock, plus pesant, plus gothique… Et tranquillement, de plus vieux morceaux commençaient à se faire entendre.

Par contre, en même temps, l’envie de pisser me rendait inconfortable, d’autant plus inconfortable que j’étais placé en plein milieu de la rangée et qu’il me fallait déranger mes voisins pour en sortir. Mais, quand il faut y aller, faut y aller! Outre fumer et jaser avec Nina, j’en ai profité pour me procurer deux autres bières, pour le reste de la soirée et, au retour, j’ai tenté de joindre la foule compacte au pied de la scène. La zone était évidemment réservée à ceux qui détenaient des billets dans les premières rangées - comme mes chums Michel et Pat, les chanceux -, alors je suis retourné à la place qui m’était attitrée. Entre mes voisines qui se dandinaient plus qu’avant ma brève absence, ma liberté de mouvement devenait plutôt restreinte, même pour lever le coude. Je me suis dit qu’à la prochaine envie de pisser, j’irais voir ailleurs si j’y étais.

Ce moment est arrivé pendant le premier rappel. Je suis allé rejoindre les spectateurs dans les rouges, un peu plus haut à gauche de la scène. Le son y demeurait excellent et le point de vue n’était pas pire, au contraire! J’ai pu mieux voir le guitariste du groupe qui, de ma place au centre du parterre ressemblait, à Martin Matte, à cause de son coco rasé, mais qui, de plus près n’en avait pas l’air du tout: gilet à mailles, maquillage et souliers à talons hauts recouverts de paillettes rouges! J’ai alors constaté que ces places sur les côtés de la scène valent mieux qu’une place sur un parterre de chaises cordées. Un agent de sécurité est venu m’avertir de m’assoir, puisque je me tenais debout dans l’entrée d’une section, mais je ne suis pas retourné à ma place. J’ai pu apprécier les rappels à partir d’un endroit plus confortable et animé, assis derrière une fort jolie demoiselle qui s’endormait malgré la fébrilité bien plus palpable au sein de l’amphithéâtre.

Les rappels furent pour moi, et certainement plusieurs, le clou de la soirée. Pas un rappel, pas deux, mais bien trois! J’étais sûr qu’au Centre Bell, tout serait terminé à 23h00 tappant. Mais non! Jusqu’à 23h30, se sont succédées les classiques que toute la foule attendait, que j’attendais. Le second rappel se termina avec “Killing an Arab”! Celle-là, je ne l’attendais pas, surtout qu’aux dernières nouvelles elle était disparue d’une compilation sous la pression de groupes y voyant une charge raciste.

Ces derniers trois-quart d’heures firent mon bonheur, d’autant plus que pendant un bon moment, Smith s’approcha de notre section, comme il l’avait fait au cours de la soirée. Du coup, je vivais le spectacle plus intimement. Et ceux qui connaissent The Cure pourront comprendre pourquoi j’étais dans ma zone confort à la lecture du setlist :

01. Plainsong (1989 - Disintegration)
02. Prayers For Rain (1989 - Disintegration)
03. A Strange Day (1982 - Pornography)
04. alt.end (2004 - The Cure)
05. The Walk (1983 - Japanese Whispers)
06. The End of the World (2004 - The Cure)
07. Lovesong (1989 - Disintegration)
08. Sleep When I’m Dead (nouveau!)
09. Pictures of You (1989 - Disintegration)
10. Lullaby (1989 - Disintegration)
11. The Perfect Boy (nouveau!)
12. From The Edge of the Deep Green Sea (1992 - Wish)
13. Hot Hot Hot!!! (1987 - Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me)
14. The Only One (nouveau!)
15. Push (1985 - The Head On The Door)
16. In Between Days (1985 - The Head On The Door)
17. Just Like Heaven (1987 - Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me)
18. Primary (1981 - Faith)
19. Shake Dog Shake (1984 - The Top)
20. Never Enough (1990 - Mixed Up)
21. Wrong Number (1997 - Galore)
22. 100 Years (1982 - Pornography)
23. Endsong (?)

Rappel #1

24. Signal To Noise (?)
25. M (1980 - Seventeen Seconds)
26. Play For Today (1980 - Seventeen Seconds)
27. A Forest (1980 - Seventeen Seconds)

Rappel #2

28. Boys Don’t Cry (1980 - Boys Don’t Cry)
29. Jumping Someone Else’s Train (1980 - Boys Don’t Cry)
30. Grinding Halt (1979 - Three Imaginary Boys)
31. 10:15 Saturday Night (1979 - Three Imaginary Boys)
32. Killing An Arab (1980 - Boys Don’t Cry)

Rappel #3

33. Freakshow (nouveau!)
34. Close To Me (1985 - The Head On The Door)
35. Why Can’t I Be You? (1987 - Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me)

Constatation à la lecture de ce setlist: les compositions d’avant 1989 sont celles que j’ai le plus appréciées, même si je ne les reconnaissais pas toutes.

Je n’ai pu commencer ce compte-rendu de ma soirée avec The Cure que le surlendemain, car mon corps a passé une journée à se remettre de la bière en fût qu’on nous vend à prix d’or au Centre Bell. Qu’est-ce qui a de pire qu’un lendemain de brosse? Un lendemain de brosse alors qu’on n’était pas saoul!

Leçons de la soirée: préférer les rouges près de la scène si le parterre est divisé en places pré-assignées, éviter de trop boire de cette bière en fût de merde, j’aurais pu amener le Kodak sans me faire écoeurer.


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2 commentaires sur “The Cure”

  1. Renart L'éveillé

    Wow! 100 years… ma toune préférée des Cure… (Tirée bien sûr de Pornography, ce chef-d’oeuvre!)

    J’ai failli faire comme toi et y aller seul, mais j’avais trop peur de ne pas connaître beaucoup de chansons, même si je les ai suivis un peu plus longtemps que toi… jusqu’à Desintegration, qui marquait un retour à des chansons plus sombres.

    J’ai même acheté un de leur dernier, Bloodflowers, intéressant, mais je remarque qu’ils l’ont passé sous silence…

    Merci pour ce compte-rendu, même si je me rends alors compte que j’aurais dû y aller…

  2. Cof

    Très bel article,

    J’ai vu le concert de Paris en mars, et j’ai vécu un moment magique… Je suis les Cure depuis 1986 aussi, et avais décroché au moment de Wild Moon Things, mais les avais retrouvé avec plaisir pour Bloodflower et The Cure….

    A strange day, est considérée comme la chanson favorite de Smith, et je crois l’avoir entendue à chaque fois que je les ai vu (ce n’est donc pas si rare, les ayant vu 7 fois…)

    En revanche, nous avons eu droit à Faith en final et non Why can’t I be you… et un Smith ému aux larmes… Sublime :)

    J’aime assez les nouveaux titres, après plusieurs écoutes, ils glissent comme une sucrerie :)

    Bien à vous

    Christophe

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