Pourquoi l’ADQ n’y arrive pas ?
Un bref article de Joseph Facal explique bien ce que je crois depuis longtemps, ce que j’affirme sur quelques forums politiques à propos d’une fracture générationnelle chez les francophones :
Le politicologue Vincent Lemieux fut le premier à noter qu’au Québec, il se produit, tous les 35 ou 40 ans, une mutation profonde du paysage politique.
Il appelait cela un «réalignement». En l’espace de deux ou trois élections, un nouveau parti politique réussit à s’imposer. Dans un système conçu pour seulement deux grands partis, son émergence entraîne le déclin, voire la mort du parti dont il prend la place.
Ce nouveau parti est un parti «générationnel». Des jeunes opposés aux valeurs de la génération précédente, au moins en partie, ressentent le besoin de se doter de leur propre véhicule.
Le phénomène, avançait Lemieux, s’est produit trois fois en un siècle. Évidemment, je n’ai pas de place pour rendre justice à toutes les nuances que fait Vincent Lemieux.
TROIS FOIS
En 1896, les libéraux fédéraux de Wilfrid Laurier délogent les conservateurs de Charles Tupper, déboussolés depuis la mort de John A. McDonald. Pour des raisons trop longues à expliquer, la politique fédérale et la politique provinciale sont alors inextricablement liées.
En 1935, le Parti conservateur provincial du jeune Duplessis et un groupe de jeunes dissidents du Parti libéral du Québec, regroupés autour de Paul Gouin, s’unissent pour former l’Union nationale. Hormis l’accident de parcours de 1940, l’Union nationale s’installe au pouvoir pour un quart de siècle.
Puis, à partir de 1970, les baby-boomers se dotent de leur propre véhicule : le Parti québécois. Leur idéologie : souverainisme et étatisme. Il prend la place de l’Union nationale, qui meurt rapidement.
Pourquoi le PLQ est-il le seul parti à avoir survécu à ces mutations du paysage politique qui sont, pour l’essentiel, le reflet des transformations démographiques et idéologiques du Québec ?
Parce que le quasi-monopole qu’il a sur le vote anglophone et allophone lui garantit un minimum de 30 % des voix et une vingtaine de sièges.
Vous me voyez venir. Quand l’ADQ a fait sa fulgurante percée en 2007, certains y ont vu la quatrième grande mutation annoncée par la théorie de Lemieux.
QUATRIÈME FOIS ?
L’ADQ était née, ici encore, d’une scission au sein du PLQ. Son idéologie antiétatiste prenait le contre-pied de celle des baby-boomers.
Il semblait porteur d’une nouvelle énergie au moment où, comme le dit poliment Lemieux, la «vivacité de la génération péquiste semblait s’être tarie».
Or, juste au moment où la prophétie semble sur le point de se réaliser, l’ADQ entreprend une plongée dont on ne voit pas la fin.
QUE S’EST-IL PASSÉ ?
Je risque trois hypothèses. D’abord, il faut que le nouveau parti établisse sa capacité à gouverner. Personne ne doutait que l’équipe de René Lévesque avait cette capacité. L’ADQ n’y arrive pas.
Ensuite, il faut que la nouvelle génération soit assez nombreuse. Dans les années 70, tout le Québec était jeune. Mais les baby-boomers ont fait si peu d’enfants que ces derniers n’ont plus le poids démographique qui leur permet de s’imposer politiquement.
Enfin, la montée de l’individualisme fait qu’il y a chez les jeunes d’aujourd’hui une plus grande diversité idéologique que jadis. Ils ne convergent donc plus vers un seul parti.
Et la suite ? Demandez au professeur Lemieux.
Qu’écrivais-je donc, encore récemment? Ah! oui:
Le fait est que le comportement électoral des gens se fige avec le temps, que ceux-ci ne changent que rarement leur allégeance politique. Les partis actuels représentent les fractures générationnelles entre Québécois d’origine canadienne-française. Pour résumer grossièrement: l’ADQ aux X, le PQ aux boomers, et le PLQ aux parents des boomers. Les boomers forment le groupe le plus important en proportion alors, le PQ est presqu’assuré de ne jamais tomber plus bas que lors des élections avec Boisclair. L’ADQ a une base solide, plus fidèle que les autres. Et le PLQ n’a qu’à s’appuyer, outre que sur les plus vieux francophones, sur les allophones et les anglophones de Montréal. Alors, à moins que l’ADQ devienne souverainiste, que Mario prenne sa retraite ou change de camps, ou que les boomers fassent un réel examen de conscience, nous sommes pognés de même pour un bon bout de temps!
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7 mai 2008 à 19:51
Analyse fort intéressante et excellent résumé de ta part!
Dans les faits, il y a un autre problème important à l’ADQ. L’ADQ ne représente plus un espoir réel pour les moins étatistes (tant qu’à moi, il ne l’a jamais représenté) et les gens commencent à s’en rendre compte.
7 mai 2008 à 20:10
Je crois que l’ADQ n’a jamais été anti-étatiste, effectivement. Elle surfait sur les clichés selon lesquels “on nous vole en impôts” et “les fonctionnaires se pognent tous le cul”, “on a le droit d’élever nos enfants comme on veut”, etc. Mais, comme un bon vieux parti conservateur, elle a toujours été prête à faire intervenir de façon plus musclée l’État en matière de coercition.
Tu as remarqué, Anarcho-pragmatiste, ce bout de texte:
Je pense que ça te concerne, toi et ta famille élargie d’anarchistes.
7 mai 2008 à 20:23
En effet, mais personnellement (et ce n’est pas un principe idéologique fondamental) je ne suis pas si individualiste que ça mais je ne prônerai pas la violence étatique pour la réprimer (en ce qui concerne la drouate étatique, l’État aggrave même le sentiment individualiste).
Il y a peut-être la panne passagère du projet séparatiste qui crée aussi ce phénomène.