Des banlieusards plus conservateurs
Un élément de plus à mon dossier sur le “Mystère de Québec”, par Pierre Pelchat, du Soleil:
L’«énigme» de Québec ou l’élection de plusieurs députés adéquistes et conservateurs lors des dernières élections provinciales et fédérales est directement liée à un vote massif des banlieusards en faveur de ces partis. Ce même phénomène a joué en faveur de la mairesse Andrée Boucher en 2005.
Selon une étude réalisée par trois chercheurs de l’Université Laval, le lieu de résidence des électeurs (banlieue contre centre-ville) a été un facteur déterminant du résultat des scrutins. Dans certains secteurs en banlieue, de 60 à 80 % des votants ont donné leur appui au parti de Mario Dumont l’an dernier.
«Les résultats de l’élection dans la région ne sont pas que l’effet d’un vote générationnel, d’un vote de protestation, d’un vote entre la haute ville et la basse ville ou d’un vote stratégique pour être au pouvoir. Il s’agit aussi d’un fort appui de gens vivant en banlieue partageant des valeurs de droite conservatrices en opposition à celles plus sociales-démocrates des résidants du centre-ville», a avancé Paul Villeneuve, un des auteurs de l’étude et membre du Centre de recherche en aménagement et en développement (CRAD) de l’Université Laval.
«Un électeur de la génération X qui demeure en banlieue de Québec aura plus tendance à voter pour l’ADQ, contrairement à celui qui réside au centre-ville», a-t-il ajouté. Les deux autres auteurs de l’étude sont Yvon Jodoin et Marius Thériault.
En fait, plus on s’éloigne du centre-ville, plus le vote a une tendance conservatrice. Ce phénomène n’est pas propre à la région de Québec. Il a été observé depuis une vingtaine d’années aux États-Unis et en Angleterre.
Taxes et impôts
Une des bonnes façons d’obtenir l’appui des banlieusards plus individualistes est de prendre en aversion les taxes et les impôts.
«Ceux qui préfèrent un genre de vie axé sur la consommation collective reconnaissent habituellement que celle-ci s’appuie sur des dépenses publiques financées par des taxes et des impôts de toutes sortes, alors que ceux qui préfèrent un genre de vie privé sont généralement en faveur de coupures de taxes et de réductions d’impôt afin de pouvoir financer eux-mêmes leur consommation privée», peut-on lire dans l’étude.
Les chercheurs partagent l’avis voulant que ces points de vue divergents soient «une opposition entre l’interventionnisme de la ville centre et le populisme fiscal de la banlieue».
«D’où également la possibilité que la montée du vote en faveur des partis et de candidats qui promettent des réductions de taxes et d’impôts soit partiellement, du moins au Québec, une réaction aux fusions forcées vues comme une manifestation forte d’interventionnisme gouvernemental», a-t-on ajouté.
Origines
Les racines de la tendance conservatrice à Québec remonteraient même au XIXe siècle. À l’époque, des gens se sont opposés à la création des commissions scolaires et à l’imposition de la taxe scolaire, surtout dans la Beauce, Dorchester, Lotbinière et Portneuf, qui sont devenus au siècle suivant des châteaux forts du Crédit social. Ce fond créditiste était également présent au siècle dernier à Québec. Dans les années 30, le maire de Québec, Joseph-Ernest Grégoire, a adhéré au Crédit social.
«La présence militaire à Valcartier, elle aussi héritière d’une longue tradition, pourrait bien être associée au fait que la banlieue nord-ouest de la ville est celle qui a voté le plus à droite récemment», peut-on lire dans un article qui sera publié dans un numéro spécial des Cahiers de géographie du Québec à l’occasion du 400e anniversaire de Québec.
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