Économie autrement

Enfin! Un texte lumineux sur le discours économique dominant! Écrit et signé par des dizaines d’économistes!

Récemment, le 8 novembre dernier pour être précis, à la suite d’une nouvelle économique hors de l’ordinaire rapportée par le journaliste Gérald Fillion, j’en suis venu à discuter sur ce blogue et sur celui d’Yvan Saint-Pierre de cette prétendue science exacte de l’économie. Pour une fois, la nouvelle en question pouvait nourrir un discours de gauche, pour une fois elle ne venait pas d’un think thank de droite. Monsieur Saint-Pierre, économiste de la santé, critiquait fortement la méthode utilisée par le Centre canadien de politiques alternatives et la conclusion diffusée par Monsieur Fillion.

Je n’ai pas tenté de m’avancer sur ce terrain, n’ayant jamais formellement étudié l’économie, mais j’affirmais que même si cette étude ne signifiait pas grand chose, elle signifiait quand même quelque chose et qu’elle valait la peine d’avoir été menée. Surtout, je soulignais à Monsieur Saint-Pierre que ce type de nouvelles dans un bulletin économique était très rare et qu’il fallait applaudir ce fait:

Apprendre que l’étude vienne d’un groupe de pression “plus à gauche” me la rend plus intéressante. Qui a les moyens de ces études d’habitude? D’instituts économiques dont on pourrait bien dire qu’ils sont orientés idéologiquement.

De mon constat que les bulletins économiques servaient habituellement à propager l’idéologie néolibérale dominante, j’allais même jusqu’à supposer que la science économique était orientée idéologiquement:

Je n’ai pas étudié l’économie, sinon un peu indirectement par le biais de mon baccalauréat en histoire. Et même si je suis fatigué de l’antinomie gauche/droite, qui me semble dépassée, mon intuition me fait croire que la science économique est loin d’être neutre. Mes lectures en histoire me font soupçonner que, par exemple, l’école de Chicago a énormément contribué à la mouvance néolibérale de ces dernières décennies. Mais je n’ai pas eu le temps d’approfondir la question. Je constate que les chroniqueurs économiques manquent souvent de recul, qu’ils tiennent les mêmes discours, à mon avis bien creux. J’aime bien Léopold Lauzon même si je constate ses dérapages. J’aimerais que ces « économistes de gauche » soient plus nombreux.

Les voici, les voilà ces économistes qui sortent du moule! “Économie autrement” a publié une lettre d’opinion dans Le Devoir de la fin de semaine dernière et on peut télécharger un texte plus long et encore plus intéressant sur leur site: http://www.economieautrement.org

Pour résumer: ils affirment que la science économique est une science sociale, que le discours économique dominant néolibéral s’inscrit dans un paradigme bien précis et explicable historiquement, ils remettent en question les clichés habituels sur la création de richesse et, surtout, cette confiance irraisonnée dans le libre marché et qui repose sur tellement de prémisses fausses, ou disons discutables.

J’ai bien hâte à la suite de leurs interventions. Je compte soumettre à leur attention le discours libertarien qui prévaut chez beaucoup de nos jeunes québécois dégoutés de la fausse solidarité des sociaux-démocrates et méfiants des néolibéraux qui, comme ces derniers, ont foi absolue en la Loi du Marché, mais propagent en plus l’idée que le capitalisme serait plus humain en l’absence totale de gouvernements.

En attendant, ce sera aux libertariens que je soumettrai le texte du regroupement “Économie autrement”.


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1 commentaire sur “Économie autrement”

  1. Martin

    La madame est pas contente:

    Depuis samedi, on entend parler d’un texte intitulé «Pour une autre vision de l’économie» publié dans Le Devoir et disponible sur le web.

    Tout au long des 14 pages de l’essai, les auteurs font le procès de la liberté économique et déclarent vouloir «inventer l’avenir autrement». Ils veulent «repenser l’économie» et offrir une solution de rechange à la pensée libérale. Soit! Mais quelle est donc cette solution de rechange qu’ils proposent? Le texte est nébuleux à ce sujet. Les auteurs tiennent un discours à mots couverts et n’osent pas exprimer clairement leur position. Or, quand on choisit de se commettre publiquement, il faut avoir le courage de ses opinions et les assumer jusqu’au bout.

    Ce que les auteurs du document omettent de préciser, c’est qu’une société n’a le choix qu’entre deux options: la liberté économique ou l’étatisme. Quand on préconise une extension du rôle de l’État, on réduit automatiquement les libertés individuelles, et vice versa. C’est le principe des vases communicants. «L’autre vision de l’économie», celle que les auteurs réclament, ne peut donc être qu’une vision empreinte de dirigisme économique.

    Évidemment, libre à eux d’espérer davantage d’interventionnisme, mais pourquoi n’expriment-ils pas leur souhait ouvertement et sans retenue? Et surtout, pourquoi cette haine viscérale de la liberté économique?

    Une économie libre n’implique ni la loi de la jungle, ni le cautionnement d’un système sans foi ni loi qui permet le banditisme, ni le chaos. La liberté économique signifie simplement que les individus peuvent prendre eux-mêmes les décisions qui les concernent tout en étant protégés par la primauté du droit et un système judiciaire fiable qui assure, entre autres, le respect de la propriété privée.

    Ne nous y méprenons pas, malgré un emballage aseptisé, le document qui circule n’est qu’un plaidoyer en faveur du socialisme. Évidemment, vu l’échec retentissant essuyé par les économies planifiées, les auteurs n’osent pas afficher franchement leurs couleurs. Or, prétendre avoir une «autre vision de l’économie» sans la nommer explicitement, c’est de la lâcheté!

    Les auteurs rétorqueront certainement qu’il suffit d’améliorer notre approche pour éviter les échecs des économies planifiées. Méfions-nous d’un tel discours. C’est le même que celui que tenait Hugo Chavez lorsqu’il promettait aux Vénézuéliens le «socialisme de XXIe siècle». Il entretenait, lui aussi, une «autre vision de l’économie».

    Aujourd’hui, le Venezuela doit composer avec des pénuries de produits de base. Depuis des mois, les habitants ne trouvent pratiquement plus de lait, d’oeufs, d’huile, de farine, de sucre, de maïs, de poulet… Ils manquent également de médicaments, de pièces d’autos, de produits d’hygiène personnelle, y compris de papier hygiénique! Même la production de pétrole a sensiblement diminué. Et, pour couronner le tout, le pays a enregistré un taux d’inflation de 22,5% en 2007.

    Hugo Chavez voulait un socialisme «nouveau et amélioré»; il a obtenu un bilan économique désastreux. Il a cru en l’étatisme version XXIe siècle; il a complètement détraqué son économie. Il s’est donné pour mission d’aider les plus démunis; ils sont maintenant contraints de parcourir des kilomètres dans l’espoir de trouver du lait pour leurs enfants!

    Les vendeurs de rêves ont toujours existé et savent adapter leur discours pour mieux séduire. Mais avant d’endosser leur vision de l’économie et de céder des libertés au non d’un étatisme bienveillant, il faut exiger qu’ils prouvent leurs prétentions à l’aide d’exemples réels. S’ils en sont incapables, c’est que leurs beaux discours ne sont que du vent!

    La bio de cette dame en mission:

    Nathalie Elgrably a étudié à HEC Montréal où elle a obtenu un diplôme de premier cycle et une maîtrise en sciences de la gestion. Sa thèse portait sur le déficit budgétaire fédéral et ses intérêts de recherche se concentrent sur l’évaluation de politiques économiques. Elle a commencé sa carrière au Centre d’études en administration internationale (CETAI) de HEC Montréal où elle a travaillé pendant trois ans comme chargée de projet. Depuis 1992, elle enseigne l’économie à HEC Montréal, à l’Université de Montréal et à l’UQAM. Elle a préparé plus d’une douzaine de cours différents et a rédigé de nombreux documents pédagogiques. Elle est l’auteure de La face cachée des politiques publiques, publié en 2006 aux Éditions Logiques, de l’adaptation pour le Québec du volume Microeconomics, 6e édition, de Pyndick et Rubinfeld, et est chroniqueure au Journal de Montréal et au Journal de Québec.

    Tout cela trouvé sur le site de l’IEDM, évidemment.

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