Élections : Jour -22

Non, mon silence sur la campagne électorale actuelle n’a pas été dicté par le Directeur Général des Élections. En fait le sujet me laisse très perplexe… Ce billet sera long!

J’ai voté pour l’ADQ lors des trois dernières élections provinciales, et j’ai même été candidat officiel pour le parti en 1998, dans la région de Québec. Je devrais donc être heureux de la popularité actuelle du parti de Mario Dumont, non? Et bien non.

J’ai été candidat adéquiste, d’abord parce que la place dans mon comté était libre et que des amis actifs dans le parti m’ont gentiment demandé de l’être. On me l’a demandé parce que je me disais ouvertement sympathique au parti, et ce depuis ses débuts en 1994. Et j’étais sympathique à l’ADQ essentiellement parce que le PQ ne me représentait plus, dominé qu’il était par des babyboomers condescendants envers les préoccupations de ma génération. En 1998, trois ans après le référendum lors duquel l’ADQ avait appuyé le OUI, le programme adéquiste proposait une pause de dix ans sur la question constitutionnelle. C’était facile à promettre et à appuyer, même pour un souverainiste comme moi. En 1998, l’ADQ était anti-corporatiste: elle préférait le bien commun aux intérêts corporatistes des différents groupes de pression, y compris les syndicats. Les syndicats abusaient alors des clauses orphelins, encore une fois au détriment des gens de ma génération. En 1998, l’ADQ avançait avec raison que l’alternance au pouvoir des partis traditionnels empêchait le Québec d’avancer, que la polarisation sur la question nationale empêchait des débats de fond sur d’importants enjeux de société. En 1998, l’ADQ proposait une réforme des institutions démocratiques, et militait pour la proportionnelle.

Près de 10 ans plus tard, l’ADQ a finalement accouché d’une position sur la question nationale: l’autonomisme. Une position que je trouve irréaliste et irresponsable. Dans le même laps de temps, l’ADQ est passé d’anti-corporatiste à populiste. La nuance est très importante à mes yeux. Avant ses partisans disaient que les vieux partis étaient du pareil au même, maintenant ils disent que tous les politiciens sont pourris. Avant la critique que faisaient les adéquistes des syndicats était animée par une rupture intergénérationnelle et une idéologie anti-corporatiste, maintenant “les syndicats, c’est de la marde”. Avant le désir d’une réduction de la taille de l’État était nourri par des craintes quant à l’état des finances publiques à long terme, maintenant “les fonctionnaires, il y en a trop et ils se pognent le beigne”. Avant on critiquait la montréalisation des institutions, maintenant il semble que tout ce qui vient de Montréal soit suspect. Bref, au fil des ans, l’ADQ est devenu le regroupement de ceux qui chiâlent contre les élites de toutes sortes, quelles qu’elles soient.

Bon, c’est bien normal qu’un parti qui cherche à renverser le pouvoir critique les élites. Après tout, le PQ était populiste en invitant les Québécois à se lever contre le pouvoir des Anglais. Et remarquez que le Parti Libéral, comme parti du pouvoir, lui, ne l’a jamais vraiment été. Mais le problème de l’ADQ, mené par un chef dont l’ambition personnelle a toujours été bien simplement de devenir Premier Ministre, est qu’il cherche les causes qui pourraient lui donner le pouvoir. Le PQ se fait reprocher depuis toujours son idéologie nationaliste, mais au moins il en a une et elle se veut un vecteur de rassemblement. Le PLQ lui aussi est mu, plus discrètement, par une idéologie: le libéralisme économique. Le populisme dont se nourrit et qu’encourage l’ADQ n’est pas une idéologie, c’est un sentiment de frustration. “Faut que ça change” est facile à dire. Proposer comment devient plus compliqué.

Or, ironiquement, alors que l’ADQ veut changer les choses, le succès qu’elle pourrait remporter lors du prochain scrutin me semble une garantie que rien ne bougera avant une bonne décennie. De un, l’ADQ divise le vote francophone à l’avantage du Parti Libéral, dont les appuis sont concentrés comme par hasard à Montréal la mal-aimée. De deux, l’ADQ n’est pas près du pouvoir car même si le PQ s’effondrait, la majorité des babyboomers ne pourra appuyer un parti qu’elle juge, à tort ou à raison, trop à droite. Le “projet” de l’ADQ, celui de réduire la taille de l’État, a déjà été le rêve éveillé des Libéraux, pour ne pas dire leur cauchemar. En 1998, Margaret Delisle, celle qui a laissé la place à Philippe Couillard dans Jean-Talon, traitait les fonctionnaires de “pousseux de crayons”. Faut quand même le faire quand on veut se faire élire dans la Haute-Ville de Québec! Aux dernières élections, Charest et son équipe promettaient la réingénierie de l’État. Si les plus néolibéraux dans l’âme n’ont pas réussi, je vois mal comment Dumont avec une équipe faiblarde pourrait faire mieux. Le pire c’est qu’avant de le savoir, il faudrait attendre encore bien des années.

Même chose pour la question constitutionnelle, dont les adéquistes sont tant tannés d’entendre parler. La souveraineté repoussée aux calendres grecques, remplacée par la pensée magique de l’autonomisme, ça prendra une décennie aux Québécois pour constater en fin de compte qu’il était plus responsable de vouloir réécrire la Loi fondamentale de son pays que de l’ignorer quand bon nous semble.

Moi, ancien candidat adéquiste, c’est drôle mais depuis que Boisclair en est devenu le chef, je me sens mieux représenté par le Parti Québécois. Du moins, je sens le PQ moins déconnecté de la réalité, de ma réalité. (Non, je ne suis ni gai, ni cocaïnomane). Boisclair a quand même ramené des dizaines de milliers de membres au PQ. Depuis même avant Bouchard, les jeunes étaient déjà en train de déconnecter solide de ce parti. Avec Pauline Marois comme chef, ça aurait été pire comme érosion de l’électorat jeune… Malheureusement, le départ de celle-ci a aussi déplu aux plus vieux partisans. Boisclair a une position responsable sur les accommodements raisonnables. Il prend aussi la dette publique au sérieux, ce qui est une préoccupation de ma génération, pas seulement des adéquistes ou des libéraux, pas seulement de la droite. En tout cas une préoccupation pour moi! Et le PQ, aux dernières nouvelles, est encore souverainiste…

Alors, moi qui pensais être passionné par la campagne actuelle, je ne le suis étrangement pas. Parce que je ne sais clairement quel vainqueur préférer? Parce que Boisclair est platte et Dumont, vide? Je souhaite instinctivement que le PQ se ressaisisse et que l’ADQ n’atteigne pas le statut de parti subventionné, pour que le vote francophone se ressoude ensuite. D’un autre côté, si la frustration de la région de Québec et des régions peut finir par sortir une fois pour toutes, on pourra ensuite passer à autre chose. Un gouvernement minoritaire, ça peut être intéressant aussi! En 1998, c’était un élément de ma motivation à militer pour l’ADQ: rendre le système électoral plus proportionnel et ainsi permettre la balance du pouvoir à des tiers partis. Une vingtaine de députés adéquistes pouvant poser des questions, ça pourrait ravigoter l’Assemblée Nationale, non? Montréal en souffrirait-elle? Peut-être. Les régions s’en porteraient-elles vraiment mieux? J’en doute.


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2 commentaires sur “Élections : Jour -22”

  1. BREM experience

    [...] Avant de me faire pitcher des tomates, sachez que mon titre pour ce billet est une blague, pour mettre en opposition avec le titre racoleur et biaisé de mon collègue blogueur Houssein d’où j’ai pris cette histoire. On s’aime bien Houssein et moi.

    C’est que l’ancien candidat adéquiste de 1998 de la circonscription de Jean-Talon dans la ville de Québec, Martin Beaudin-Lecours a écrit sur son blogue pourquoi il n’appuirait pas l’ADQ cette fois-ci.

    Ce n’est pas un politicien de carrière, mais un programmeur multimédia, et il n’est pas le premier ni le dernier à virer son capot de bord.

    Je trouve intéressante son analyse, bien que je ne soit d’accord en tout point. Il est clair que le vote adéquiste est un vote contre le système établi. Mais ce qu’il semble reprocher à l’ADQ, c’est que:

    Bref, au fil des ans, l’ADQ est devenu le regroupement de ceux qui chiâlent contre les élites de toutes sortes, quelles qu’elles soient.

    C’est la gauche qui sera contente de l’entendre. L’ADQ est contre les élites. On n’a plus la droite qu’on avait. Celle qui couchait avec le patronat, celle qui veut enrichir les riches et dépouiller les pauvres. Allons Martin.

    Oui l’ADQ c’est un parti de chiâleux, mais pas exclusivement des élites. L’ADQ a depuis sa création mis le point sur plusieurs choses qui clochaient dans notre société. Malheureusement pour eux, lors des dernières élections de 2003, ce sont les Libéraux qui ont repris plusieurs des problèmes soulevés par l’ADQ ence qui a trait à la réinégnierie de l’État et ont promis de leur apporter des solutions. Promesses à moitié remplies, dois-je le rappeller.

    M. Beaudin-Lecours, affirme par ailleurs que l’ADQ ne propose pas de solutions concrètes aux problèmes soulevés. Or, Dumont depuis le début de la campagne fait une annonce de solution concrète par jour. Est-ce que cette solution bénificierait d’être élaborée dans un cadre financier? Clairement.

    M. Beaudin-Lecours critique par ailleurs la voie constitutionnelle autonomiste de l’ADQ, la qualifiant d’irresponsable. Moi je trouve irresponsable surtout que le Parti Libéral n’ait absolument rien dans sa plate-forme électorale visant à ré-intégrer le Québec dans la constitution de 1982. Jean Charest semble se complaire dans le status quo. Je trouve aussi irresponsable que le Parti Québécois continue de nous marteler avec une option souverainiste que les Québécois et Québécoises ont rejeté par deux fois.

    Il semble aussi reprocher M. Dumont d’être populiste et opportuniste, allant même jusqu’à dire que les Libéraux n’ont jamais versé dans le populisme. Ouf. Et faire peur aux gens en leur disant qu’ils allaient perdre leur pension, c’est pas populiste? Tous les partis sont démagogues. C’est inévitable. Arrêtons de diaboliser l’un où l’autre. S.v.p.

    Là où l’on se rejoint, c’est lorsqu’on souhaite au Québec un gouvernement minoritaire. C’est paradoxalement durant les gouvernements minoritaires, au fédéral du moins, où le gouvernement est le plus à l’écoute des autres partis, coalitions et négociations obligent. Par ailleurs, c’est aussi paradoxal de souhaiter un gouvernement minoritaire, sachant que ça ne pourrait arriver que si l’ADQ fait assez de gains dans le nombre de comtés remportés. D’une certaine façon, il souhaite que l’ADQ performe bien, mais ne veut pas vraiment promouvoir le parti. Est-ce que j’ai bien compris?

    Je me questionne sur les raisons de cette sortie de M. Beaudin-Lecours. Règlement de compte avec son ancien chef? Un changement d’idée? Qu’importe, les discussions font avancer le débat. [...]

  2. Un homme en colère

    [...] Un texte très intéressant à lire d’un blogueur ancient candidat adéquiste qui croit aujourd’hui que le PQ doit se ressaisir et que le Québec n’a absolument rien à gagner en votant pour le parti de Mario Dumont. [...]

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