À propos de Pauline

À une chère lectrice qui désire conserver l’anonymat: si j’ai associé le départ de Pauline Marois à un ménage du printemps, c’est avant tout parce qu’elle a donné sa conférence de presse une demi-heure après l’arrivée du printemps. Est-ce que son départ me réjouit? Pas vraiment. Est-ce qu’il m’attriste, pas du tout.

Pauline Marois a effectivement été une grande femme d’État, mais si elle était devenue chef du Parti Québécois, après des années de démarchage obstiné, cela aurait tué ce parti. Pas qu’elle n’est pas compétente, par parce qu’elle est une femme, mais parce qu’elle représente la vieille garde péquiste.

Boisclair a fait vendre au bas mot 80 000 cartes de membres et baisser la moyenne d’âge du PQ de 60 à… 50 ans, ce qui n’est pas la prime jeunesse non plus! Il était primordial qu’il y ait renouvellement du membership du parti. Ainsi, en se donnant un chef de 39 ans et en s’affichant moins à gauche (ce qui ne signifit pas à droite pour autant!) le parti s’est donné la chance de gagner le cœur des non-babyboomers qui n’avaient le choix que de flirter avec l’ADQ ou de se désintéresser totalement d’une scène politique les excluant avec dédain.

Gil Courtemanche écrit dans Le Devoir des choses bien significatives qui le font passer lui-même pour un babyboomer nostalgique, sinon pour un partisan fini de Marois:

En retardant de quelques mois son départ, elle a permis au nouveau chef de s’installer dans le calme et a tué dans l’œuf toute possibilité d’y voir le signe d’une division profonde au sein du parti.

[…]

Je suis profondément convaincu que c’est autant la femme humiliée que la politicienne défaite qui a fait ses adieux à la politique cette semaine. Et comment ne pas la comprendre et en même temps souligner que la présence des femmes dans les hauts lieux de la décision politique a subi un recul dramatique avec son abandon.

[…]

Madame Marois, disait-on dans les corridors, est une grande bourgeoise, la femme d’un homme riche, une personne qui est loin du peuple. On n’avait qu’à constater comme elle s’habille et sa manière surannée de s’exprimer. […] On pourrait faire les mêmes remarques à propos de Lucien Bouchard, grand seigneur hautain qui s’exprimait comme un prof de collège classique des années cinquante. […] Les habits britanniques de Jacques Parizeau faisaient partie de sa personnalité. […] Les citations latines et les circonlocutions complexes dont Bernard Landry émaillait son discours lui conférait un petit air original.

[…]

Quant à Pauline Marois, elle a dit que, si le besoin s’en fait sentir, elle sera toujours disponible pour défendre les principes auxquels elle croit. Il existe un tel lieu qui aurait grandement besoin d’elle et où elle se sentirait à l’aise et utile. Ce lieu s’appelle Québec solidaire.

Premièrement toutes les insinuations selon lesquelles le fait qu’elle soit une femme lui aurait nui sont foutrement pernicieuses et démagogiques. Bien des gens, comme moi, en ont plein le casque du discours de victime, des accusations de machisme et de sexisme, du recours à la culpabilisation qui ressort à chaque fois qu’une “femme perd”. L’égalité des sexes, ça s’applique partout, y compris dans la défaite.

Deuxièmement, ce que le public perçoit peut très bien refléter de grands préjugés sociaux, mais la politique c’est aussi, et surtout, pouvoir jongler avec ces préjugés et changer la perception de ce public. Que les électeurs se trompent ou non sur le degré réel de bourgeoisie de Marois, c’est quand même eux qu’il faut convaincre!

Pauline Marois ou la Castafiore?D’abord la physionomie même de Pauline Marois pose un problème d’image: en photo elle paraît chiante. C’est pas des farces, elle est le portrait tout craché de la Castafiore dans Tintin!!! Quant on l’entend, on voit bien qu’elle ne l’est pas plus qu’un autre, mais pour le Kodak, elle semble chiante, point. Belinda Stronach est bien multimillionnaire, elle, et s’est fait acheter pour passer d’un parti à un autre, mais elle n’a pas cet air chiant! (Elle a plutôt l’air con si vous voulez mon avis et, non, ce n’est pas un qualificatif que je réserve aux femmes.)

De plus, Courtemanche a oublié dans sa diatribe partisane de parler de l’épisode de la “bécosse d’or”. À Québec, plusieurs s’en souviennent, puisque les ondes radio y ont fait abondamment référence à l’époque. En 1999, lorsque Pauline Marois était Ministre de la Santé, elle avait fait rénover à grands frais ses bureaux de Québec, notamment pour une toilette silencieuse. Moi, je déplorais ce jaunisme primaire, mais c’est le genre de truc qui ternit une image chez un électorat déjà prompt à guillotiner tout ce qui ressemble à une élite. Qu’elle soit mariée à Claude Blanchet, ancien président-directeur général de la Société générale de financement et le fait que celui-ci a reçu comme indemnité de départ un salaire de $80000 par année à vie, ça ne fait rien pour rapprocher du peuple non plus! Bref, le problème d’image de Marois ne se résume surtout pas au fait qu’elle soit une femme.

Moi, j’aurais préféré que Marois reste, pour que le parti continue de bénéficier de son expérience et de ses compétences, pour que les babyboomers demeurent au PQ et qu’il y aie un véritable pont entre les générations. Mais maintenant qu’il est devenu clair qu’elle ne sera jamais chef du parti, comme par hasard, “le cœur n’y est plus”! Qu’est-ce que ça signifie, hein? Même si elle en a pleinement le droit, elle quitte le bateau au moment où le PQ aurait le plus besoin d’elle, oui!

Déjà ses détracteurs pourraient dire qu’elle n’était motivée que par l’ambition personnelle, surtout qu’elle a souvent critiqué le projet souverainiste. Mais si en plus elle en venait à appuyer plus ou moins officiellement le Québec solidaire, ses dénigreurs pourraient alors ajouter que:

  1. elle fait bel et bien partie de la vieille garde nostalgique de mai ‘68;
  2. elle est mauvaise perdante et revancharde.

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